Un mot sur le play-back

Un blog sur Jarre ne serait ni tout à fait complet ni tout à fait honnête s’il ne prenait pas de front les critiques qui font valoir le fait que Jarre n’éxecute pas lui-même la musique qu’il produit sur scène. Il faut savoir parmi les fans, nombre d’entre eux regrettent que Jarre recourt à des bandes enregistrées (pour la musique électronique, il serait plus adéquat de parler de « séquences »), plutôt que de recréer en direct les sons de ses compositions. Jean Michel ne s’exprime que de façon évasive sur ce sujet. On imagine fort qu’une fausse note ou un doigt qui glisse en plein milieu d’un concert devant deux millions de spectateurs retiendrait l’attention du public plus longtemps que le souvenir du spectacle en lui-même. Ajoutons que la complexité des sons rende cette pratique des séquences,courante dans toute la musique électronique.

Voici ce que le claviériste Francis Rimbert, qui accompagne Jarre sur scène depuis de nombreuses années, exprime à ce sujet :

« (…) ce qui se passe avec sa musique, c’est qu’il utilise des machines qui sont programmées. On a des sequenceurs. Un séquenceur, c’est tout con, on appuye sur une touche et ça joue tout seul. Sur scène, on utilise ce genre de machine. On appuye sur un bouton, ça joue tout seul. Donc, ça c’est du play-back. Alors, si on part du principe que c’est du play-back, les concerts de Jean Michel sont du play-back intégral. Je suis d’accord.
Maintenant, ce qu’il faut voir aussi, c’est qu’on utilise des machines, et que là-dessus, parce que d’abord, on s’ennuyerai à mourir, on va greffer des éléments, c’est-à-dire des parties qu’on va jouer par-dessus nos machines, qui sont en live.
Quel est le pourcentage de play-back par rapport à ce qu’on joue ? Je peux pas vous répondre. Enlevez moi tous les séquenceurs, en effet, il n’y a plus rien sur scène. »

Jean Michel dit un mot de son rapport à l’improvisation en concert lors d’une entervue au magazine Keyboards de 1990 :

« Nous sommes dans une époque très structurée, les ordinateurs poussant plus à l’organisation qu’à l’improvisation. C’est ce dont j’ai besoin pour la scène par rapport aux différentes techniques que j’utilise au même moment. Mon problème n’est pas d’avoir plus de liberté, mais d’en avoir moins. Je suis très content de tout ce qui arrive à me limiter. Je pense travailler continuellement sans filet.
Il faut se méfier de l’utopie musicale qui considère comme positive une situation où tout peut arriver. À partir du moment où l’on présente quelque chose en public, on a une responsabilité envers lui et il faut que la communication passe au maximum (ce qui n’arrive généralement que pendant dix minutes lors d’un concert très improvisé). (…)
L’improvisation aboutit souvent à un résultat linéaire, comme par exemple à une certaine période de Tangerine Dream. Ils ont, soit dit en passant, beaucoup contribué à ce que les gens confondent synthés et boîtes à musique lorsqu’ils quittaient la scène pour cette espèce d’apologie de la machine qu’était le fait de la laisser jouer seule. »

Voilà, il n’y a qu’à souhaiter qu’un jour Jean Michel s’explique sur cette question lancinante qui, au-delà du premier cercle de fans, témoigne de la difficulté de jouer effectivement de la musique électronique en direct.

 


9 commentaires

  1. veridis dit :

    Si il y’a Playback il faut avouer que les concerts de Jarre sont hors-normes et qu’il a le mérite de ré-orchestré ses compositions pour ses spectacles. Il aurait pu se contenter de faire tourner les séquences d’origines mais il ne le fait pas…

  2. Dioxygène dit :

    C’est vrai que le playback est très visible et que moi personellement à chaque fois ça m’agace un peu, mais le résultat musical serait il aussi parfait si il jouait en « live »? Je ne pense pas, donc je comprends qu’il fasse du play-back.
    En plus entre un concert de Jarre et un concert « normal » l’approche est totalement différente : par ex dans un concert de rock on regarde beaucoup la performance des musiciens : un concert de rock en playback se verrait tout de suite car l’attention est focalisée sur les musiciens (de on ne peux pas faire semblant de jouer de la batterie :-) ), alors que dans un concert de Jarre on regarde d’abord les projections, les feux d’artifices, les lumières. Donc le play-back passe au second plan car le « jeu » de l’artiste n’est pas au centre des regards.

  3. ..:: Webmaster ::.. Je partage totalement vos avis. Chaque concert de Jarre est unique, et cela explique en grande partie l’affluence extraordinaire de chacun de ces concerts à travers le monde.

  4. Psafel dit :

    En meme temps, un concert en play-back, si majestueux soit il en mise en scene, c’est un peu se moquer du public non ? autant faire un son et lumiere avec le CD.

  5. sebjarre dit :

    franchement que ce soit en playback comme dans certains concerts ou alors en direct comme pour marigny ou la tournée oxygène qui a suivit, moi je ne vois que la musique ,le spectacle et les musiciens sur scène qui sont là pour nous donner du rêve et de la joie.chapeau à leur travail et leur amour du public.

  6. Olivier Borremans dit :

    Jean-michel jarre à toujours fait du Playback, il arrive même que certaine improvisation d’instrument en live (percussions, touche sur clavier) ne s’entende même pas.
    On dirait plus de la chorégraphie mal gérée, il suffit de bien regarder ses concerts pour s’apercevoir que même la harpe laser n’est pas jouer en live, certaine machine sont là pour faire esthétique technologique, avec des petites lumières clignotantes (pour preuve sur le concert de pékin, une MM505 groovebox, allumée sans aucun paramètre prédéfinit, uniquement ON) show lumière, image feux d’artifice (concepteur réginéin), et musique créer en studio, et jean-michel qui mime quelque effet de live, voilà le prix du concert.
    Moi aussi ça m’exaspère.

  7. Pierre dit :

    Les vidéos amateurs que j’ai pu voir de la tournée et d’Oxygène à Marigny montrent qu’au delà des séquances déjà programmées il y a une grande part de jeu « live » donc très peu voire PAS de playback dans ces concerts-là. Il n’y a qu’à voir les nombreux soucis rencontrés avec la harpe laser (faisceau qui disparaît, note qui ne s’arrête plus,etc) ou avec le Memorymoog pour s’en apercevoir.

    C’est d’ailleurs pour ce côté live que je vais à Bercy jeudi prochain.Les concerts d’autrefois avec très peu d’éléments live ne m’intéressent pas beaucoup…

  8. Pierre dit :

    Ayant assisté au concert d’hier soir à Bercy, je confirme qu’il n’y a pas de playback sur cette tournée, tout comme sur Oxygène 2007-2008 d’ailleurs: tout ce qu’on entend est joué en direct,du vrai « live » avec des fausses notes, des ratés, des impros, des bidouillages en direct!!! Excellent!

    Par contre, les grands concerts en extérieur d’autrefois étaient évidemment en playback,bien entendu. Sans doute pour des raisons de synchronisation parfaite entre la musique et les visuels/effets pyrotechniques ? En salle JMJ est visiblement bien plus libre de jouer sa musique plutôt que de la mimer.

  9. dark vador dit :

    D’un coté en tant que mélomane, je trouve dommage l’utilisation du playback quand ça ne se limite pas à la programmation des boucles via les séquencers.
    Mais de l’autre je comprend que le problème est d’abord technique.
    Un morceau de musique électronique assez complexe comme ceux de Jarre demande une multitude de sons, de réglages, de programmations. Et comme l’être humain n’a pas huit bras, forcément quand on est que deux sur scène (LIVE AERO DANEMARK 2002 par exemple) ou même tout seul (lives de KLAUS SCHULZE) on est obligé de ramené ses séquences pré-programmés.

    Dommage certes, mais souvent incontournable, à moins d’embaucher une dizaines de clavièristes !

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