Jarre et le miroir de la nature

Jarre et l'imitation de la natureCet article est le premier d’un ensemble d’articles conscacrés aux interprétations possibles de la musique de Jarre dont les thèmes seront les suivants : 1) Jarre et le miroir de la nature, 2) Jarre, l’électro et l’acoustique, 3) Jarre au corps-à-corps.

Dame Nature, mère inspiratrice. Impossible d’ignorer la récurrence de sonorités organiques dans la musique de Jarre.
Elles peuvent prendre des formes diverses : bruits aquatiques, souffle du vent, ou sons d’hommes et d’animaux.
De pair avec les bruits industriels, ils sont l’un des éléments les plus caractéristiques de son oeuvre. Certains disques sont bien sûr plus marqués que d’autres par les sons « naturels », étant en lien explicite avec l’écologie (Oxygène, En Attendant Cousteau). Mais on peut remarquer qu’il n’y a pas d’exemple de disque qui n’intègre pas, de près ou de loin, de sons imitant la nature. Laissez-moi vous faire le guide dans cette initiation.

 


> Des bruits de la nature à la nature du bruit 

Par exemple, la transition entre Oxygène 3 et 4 est une traduction électronique du chant d’un oiseau, et le final d’Oxygène 6 évoque une plage au ciel constellé de mouettes.
La transition d’Equinoxe 3 vers 4 évoque l’activité de fumerolles ou de mares de boue.
Les chants magnétiques partie 1 évoquent des glaçons qui s’entrechoquent.
Calypso brosse un paysage marin où l’on reconnaît sons de cargo et gouttelettes.
Chronologie, partie 7 est une sorte de gros plan sonore sur une ruche en pleine effervescence, avec des abeilles bourdonnantes.
Miss Moon nous met en présence d’arroseurs automatiques, allégorie en creux de la pelouse. En termes paysagers, on pourrait exprimer l’idée que l’Eden musical de Jarre tient autant du jardin anglais que du jardin à la française.
Le disque Aero nous emmène dans une cage à oiseaux. À chaque fois, il s’agit d’indicatif dans sa musique, de transitions, plutôt que de contextes précis. Jusqu’à ce « titre-fleuve » de trois-quart d’heure qu’est En attendant Cousteau, sorte de toile naïve d’une jungle stylisée à la Douanier Rousseau.
Jean Michel Jarre exprime une idée assez précise à ce sujet :  

« Reproduire un son naturel est différent de recréer un son de la nature en ce sens que cette dernière démarche tient de la musicalité, et non du collage de sons« , comme chez Pierre Henry, par exemple.

 


> La dimension verbale des disques de Jean Michel

Jarre ajoute à ces représentations une dimension verbale sur l’album Metamorphoses: Laurie Anderson énonce en anglais une liste d’un certain nombre d’objets ayant attrait à la nature, comme l’arbre, le poisson, la pierre, la chair, le sang, l’enfant d’une part, et de culture, comme la maison, d’autre part. Ce procédé elliptique permet à l’auditeur de former une vision personnelle de chacun de ces pictogrammes audio.Ultime achèvement de l’imbrication du thème de la nature dans les albums de Jarre, les albums Les chants magnétiques et surtout, Zoolook dévoilent un éventail de voix retravaillées, trafiquées, déformées stupéfiant. Le langage lui-même est annihilé par la technique redoutable (et redoutablement fascinante) du sampling. Ici, c’est la trame du langage qui s’inverse et devient langage de la trame musicale.

> Musique et écologie

Jean Michel a une vision toute personnelle du rapport entre l’écologie et la production musicale. Voici ce qu’il déclarait à Keyboards, en 1990 : 

L’écologie musicale va être certainement une des orientations importantes des dix prochaines années. Ce n’est pas un hasard, si en cette fin de décennie, nous assistons à un revival du début des années soixante-dix.
C’est la première fois que l’industrie de la musique, à travers le disque [vinyle, NDLR], a une histoire, et on replonge dans ce passé. Je viens de ressortir Oxygène comme extrait de l’album live et sa pochette est encore tout à fait d’actualité. Aujourd’hui, les sports sont essentiellement de glisse (Deltaplane, ski, parapente, etc.) qui flirtent avec la nature plutôt que de s’y opposer. On remarque le même phénomène dans l’architecture et je pense que la musique va suivre une démarche identique.
À côté des musiques polluées (house, disco, etc.), l’électronique et une certaine attitude musicale par rapport au geste et à l’environnement représentent une véritable écologie musicale nécessaire. Le nettoyage s’impose pour arriver à des choses beaucoup plus simples. Il faut arriver à maitriser la technologie pour qu’elle se rapproche de plus en plus de la nature humaine.

 


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