Kraftwerk – Trans-Europe Express (1977)

La pochette de Trans-Europe ExpressLa pochette tout en austérité de l’album dénote bien l’atmosphère qui préside à la création de Trans-Europe Express. Il s’agit d’une photo à la mode des studios Harcourt du Paris des années 30. Fans du disque de  David Bowie paru l’année précédente, Station to Station, Kraftwerk quitte l’autoroute pour monter à bord de l’express qui va parcourir l’Europe.1977 est une année de création intense (ma maman témoignera), et les progrès des machines s’accélèrent au fil des mois. Ralf Hütter et Florian Schneider ont produit un album dans une trame mécanique froide très prononcée. Mais faisons donc arrêt entre les gares de Düsseldorf et de Los Angeles (au Record Plant), où le quatuor a enregistré cet album à la notoriété planétaire. Le chant de Ralf est un élément moteur des compositions. La diatribe « Endless » – parlant de l’Europe -  qu’il lance alternativement avec une « voice machine »revient avec insistance tout au long du disque.

Le premier titre, Europe Endless, procède d’une tempo disco comme englué dans des couches successives de synthétiseurs dont celui du dessus reprend la direction mélodieuse in extremis. Les jeunes générations (comme la mienne) ne peuvent qu’imaginer le choc sonore de telles expérimentations en pleine période punk ! Le reste est un talk-over – plus qu’un chant – allemand ou anglais (selon la version de l’album qui scande le nom du titre et un propos très sybillin « Elegance et decadence ». The Hall of mirrors se détache du thème d’origine, pour explorer, avec un bruitage sourd et un bouquet de sonorités électro tempérées, celui de la célébrité avec un refrain mélancolique. Changement de rythme avec la piste suivante, Showroom dummies (écrite par Ralf seul), qui démontre une belle maîtrise des sons de basse, allié à des percussions électroniques très « new wave ». Cette chanson conte avec détermination l’animation soudaine de la vie dans des mannequins de vitrine, montant notamment sur une piste de danse.

> La techno est sur les rails

Puis vient le morceau Trans-Europe Express (T.E.E.), qui contient pas mal de piliers de la musique techno : Voix très en avant reprenant la phrase-type, sonorités industrielles très marquées, phases calmes alternant avec des phases de montées graduelles. Pas mal… sauf qu’il n’y a pas de basse à proprement parlé (même samplée). Le démarrage du morceau participe de sa mythologie : ambiance bruitiste de forge ou d’atelier mécanique, synthétiseurs aux sons « tordus », percussions. Au-delà de la minute trente, le format classique couplet-refrain s’efface pour laisser place à une transition uniquement formée de percussions. Après cet intermédiaire insolite intervient le clin d’œil à David Bowie et Iggy Pop, puis le bruit légèrement déphasé d’un synthé qui gagne une octave. Fondu-enchainé avec le titre précédent, Metal on Metal profite du « beat » samplé de T.E.E. pour accumuler des bruits d’objets (de la tôle) frappés. Autour de la deuxième minute, le refrain angoissant et expressionniste refait surface, sur un scintillement de synthétiseur aux notes claires, ainsi que la voix lancinante (non moins angoissante) de Ralf et Florian, au vocoder. Cette transe électronique dure au total une treizaine de minutes, et elle fait partie des pièces de musique les plus samplées de l’histoire de la musique pop, au même titre que Zoolookologie de Jean Michel Jarre.

« Franz Schubert », s’il a connu les premiers trains, ne pouvait pas se douter que son nom serait associé à une longue sérénade électronique, ballotée entre le chant de deux synthétiseurs analogiques et le clapotis régulier d’un séquenceur. L’immobilité de ce morceau ainsi que le suivant fait beaucoup pour la fin en douceur de cet album, qui pourtant se conclue par ces quelques mots : « Endless, endless »… Comme un train fou qui aurait dépassé son terminus.

Le meilleur album de Kraftwerk ? À peu de choses près oui… La critique place volontiers Trans-Europe Express dans la trilogie dorée de Kraftwerk entre Radioactivity (75) et The Man-machine (78). Difficile compétition. En tout cas, c’est un album marquant dans le monde de la pop-music, puisque la paternité des vocations de nombreuses générations de compositeurs, chanteurs et DJ lui appartient en partie, trente ans plus tard. Quant à sa reprise dans Planet Rock (1982) d’Afrika Bambaataa, l’un des premiers disques de hip-hop, elle semble indiquer le moment où se rejoignent décadence du rock et origines… du rap !

Track-list de Trans-Europe Express :

  1. Europe Endless (9:35) 
  2. The Hall of Mirrors (7:50) 
  3. Showroom Dummies  (6:09) 
  4. Trans-Europe Express (6:52) Image de prévisualisation YouTube
  5. Metal on Metal (6:39)
  6. Franz Schubert (4:25)
  7. Endless Endless (0:54)
 


7 commentaires

  1. Veridis dit :

    Dans le premier épisode de la série de science fiction « dr who » (la nouvelle version – épisode 1 saison 1) je pense que les scénaristes ont fait un clin d’oeil incroyable au morceau « showroom dummies ». On y voit des mannequins prendre vie, briser les vitrines et sortir de leur prison de verre, un peu comme dans la chanson de Kraftwerk :-)

  2. STEPHANE dit :

    que dire d,un groupe pareil,c,est la perfection sonores .quand j,ai entendu radioactivity pour la 1er fois ,ça a ete le delire.J,ai tout sur eux ,meme un livre formidable « LE MYSTERE DES HOMMES MACHINES » ecrit par PASCAL BUSSY,se livre ,c,est la bible de kraftwerk,et dire qu,il ont inventé la 1er boite a rythme en 1971.Une phrase de RALF HUTTER QUI M,A TUE: vous pouvez le definir comme vous voulez : »sci-fi music,techno-disco,cybernetic rock.Mais le terme que je prefere malgres tout est « robot pop.Cela correspond a notre objectif qui consiste a travailler sans repit a l,elaboration de la chanson pop parfaite pour toutes les tribus du village global ».Ralf Hutter.POUR LEUR RENDRE HOMMAGE ,j,avais composé au synthé « AUTONOM MACHINE »,qui resemble a SPACELAB dans leur album THE MAN MACHINE (1978).STEPHANE

  3. veridis dit :

    as tu le le livre de Wolfgang Flur « Kraftwerk j’étais un robot » ?
    ..::Webmaster::.. Oui, et il est intéressant. Après coup, j’ai faite une chronique de ce livre ici.

  4. STEPHANE dit :

    je n,ais pas non plus le livre,mais j,en ais entendu parler et je l,ais vu sur le net,il explique en fait « sa vie » avec le groupe (il a quitté kraftwerk car la « tension cérébral devenait dure »,KARL BARTOS aussi .ils sont parti « refaire un autre groupe dans les années 90 « ELEKTRIK MUSIK » pour KARL BARTOS. STEPHANE

  5. veridis dit :

    disons que Wolfgang en avait marre de « Glander et d’attendre que Ralph et Florian se mettent à produire des nouveaux morceaux » tout comme Karl Bartos. Wolfgang Flur a créé son propre groupe « yamo » il a sortit un album « time pie ». Karl Bartos de son coté avait créé Electric Music mais maintenant il sort des albums sous son nom, le dernier en date « Communication » est une réussite :)

    le site de kalr bartos :

    http://www.karl-bartos.de

    le site de wolfgang flur :

    http://www.yamomusic.de/

  6. STEPHANE dit :

    je te remèrcis VERIDIS pour leurs site (c,est cool!!!) stephane

  7. Pierre dit :

    Le seul album de Kraftwerk (dans ceux dont je dispose) que j’arrive à écouter.
    Le rythme et les sons de boîte à rythmes sont suffisamment bien faits et envoutants pour supporter plusieurs écoutes…je n’en dirais pas autant des deux albums suivants, que je trouve irrémédiablement faisandés par leur côté « orgue bontempi »! Mais ce n’est que mon avis…

    ..::Webmaster::.. Je ne suis pas musicologue comme toi, Pierre, mais je vais dans ton sens. Les batteurs de cette formation allemande ont forgé l’identité de Kraftwerk plus que leurs mélodies. Peut-être que les sons de Kraftwerk ont « un peu vieilli » prématurément. Les structures des morceaux, à part The Model, ou certains titres de Trans-Europe Express, me laissent un peu sur le bord de la route aussi. Je ne sais pas ce qu’en pense nos visiteurs ?

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