Jarre et la musique électronique

montagebleu.gif J’admire beaucoup l’organique dans la musique de Jarre, autant que ses talents de mélodistes. La musique sans paroles doit d’abord toucher notre corps avant de toucher notre coeur. C’est valable en « musique électronique sans parole » comme en musique classique. J’en sais quelque chose puisque chez mes parents je n’écoutais presque que du classique : Vivaldi, Mozart et Beethoven (Brassens aussi), et que la transition vers Jarre s’est faite pour moi spontanément.


Sans doute que la composition d’une pièce comme Oxygène ou Equinoxe requiert un choix d’instruments plus restreint, mais l’alternance de moments vifs et d’autres plus relâchés fait écho à certaines pièces orchestrales courtes. La musique électronique est le seul domaine qui ait vu naître une lutherie en rapport avec la celle des maîtres-artisans (jusqu’au home-studio et à l’ordinateur personnel). Jarre a sû faire naître le désir pour ces objets, sous l’appellation « sensuelle ». Je pense entre autres au clavier semi-circulaire des années 90.
En revanche, l’utilisateur de synthétiseur est son propre « accordeur ». Le musicien électronique a une gamme de fréquences qui sort de l’ampli phénoménal, et responsabilité du son qu’on reçoit dans l’oreille.
C’est dans l’imitation stricte de la musique classique que la composition synthétique perd son attrait, car elle n’a rien de commun avec la courte vibration du vent qui résulte de l’instrument classique. Dans la balance, la force de la musique électronique est toujours dans l’effet ressenti plutôt que dans la nature de cet effet.
Tandis qu’elle se fond de plus en plus dans l’imaginaire collectif, à travers les publicités, les radios, et les lieux de convivialités, la musique électronique est un lieu de convergences de toutes les autres musiques.Jean Michel Jarre a réussi à tracer, en s’entourant de musiciens et de techniciens talentueux, une ligne de crête entre musique classique d’un côté et rock music de l’autre. Et qu’il ne descendra jamais du sommet qu’il a atteint… Jean Michel déclare ceci sur la composition :

C’est l’aspect mélodique qui m’a toujours intéressé, même quand j’étais au GRM (ce qui n’était pas trop de mise dans la musique expérimentale) mais j’ai l’impression que la mélodie n’a pas la même valeur pour moi que pour beaucoup de gens : c’est un ingrédient, pas un but. C’est comme une enveloppe du morceau, jouant sur le même niveau qu’un filtre. Cela vient comme un son.

Concernant les catégorisations de sa musique qu’il refuse comme autant de carcans, voici ce qu’il déclare :

Je ne me suis jamais senti partie prenante dans les termes «planant» et «new age» parce qu’ils sont totalement impropres. On a associé le synthé d’une époque à la musique dite «planante». La musique électronique a subi le même préjugé que l’écologie, considérée à l’époque comme l’apanage de gentils hippies attardés avant d’être reconnue enfin comme une réalité sérieuse.

Pour prendre quelques points de comparaison avec d’autres artistes de la scène électronique, cet extrait (Source) de Rock’n'folk en 1978 est très instructif :

Dès le départ, puis avec « Oxygène », mon propos a été de montrer qu’il pouvait exister une musique électronique qui se dégage de cette problématique de l’imitation sans pour autant considérer le synthé comme une machine. C’est ce qui me démarque de la plupart des musiciens allemands qui semblent partir du point de vue très déterminé, de l’a priori que les instruments électroniques sont des robots, ce qui amplifie dans l’esprit du public la confusion et lui fait assimiler la musique électronique à quelque chose de froid et de mécanique.Je pense bien évidemment à des gens comme Kraftwerk, mais paradoxalement c’est vrai aussi d’un musicien comme Klaus Schulze. Toute la musique allemande est extrêmement abstraite, intellectuelle, mécaniste, même si chaque compositeur a une démarche propre : ainsi Schulze a un mode de composition extrêmement oriental, très linéaire ; on rentre dans une atmosphère qui ne se développe qu’insensiblement ; on reste dans la même ambiance du début à la fin ; c’est très proche de l’école La Monte Young – Terry Riley, mais aussi du raga. Moi j’essaie d’avoir un mode de composition beaucoup plus vertical, c’est-à-dire de créer des oppositions, des tensions, des contrastes, non pas seulement dans l’ambiance, mais dans la forme même. Dans une certaine mesure je reste très influencé par une culture musicale profondément occidentale. Et pas seulement musicale…

(Ebauche d’article – En constante réécriture)

 


Un commentaire

  1. STEPHANE dit :

    Ton article est bien “construit”‘ tu différencies bien le terme “classique” et “synthétique”. Au sujet du “synthé” par lui même, ça me fais toujours rire quand j’entends la phrase: vieux synthétiseur’ soit à la télé ou dans la rue, pourquoi ? L’instrument par lui même ne peut être que “futuriste” par excellence ‘comme quoi l’ambigüité du mot “vieux” n’a pas son sens. J’aurais bien voulu savoir “pourquoi” le synthétiseur a été “inventé” puisque toute la floraison d’instruments classiques et existante’ c’est quand même “génial” que des gens comme ROBERT MOOG ET CONSORTS aient “inventé” se “marginal” de la musique autre que classique. Qu’en penses-tu “WEBMASTER” ? Stéphane.

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