Laurie Anderson – Mister Heartbreak (1984)

Pochette de l'album 'Mister Heartbreak'Toute étonnée de l’engouement autour de l’album Big Science (1982) et son single O superman, l’artiste américaine Laurie Anderson signe chez Warner son premier « véritable » album. Pas évident de chroniquer Mister Heartbreak… Déjà pouvez-vous trouver un sens à l’image qui prend place sur la couverture de l’album, je n’y suis pas arrivé ? Peut-être sont-ce des éléments placés au hasard, car le rapport avec le titre du disques reste une énigme à ce jour.

Bien, revenons à ce qui va nous permettre d’appréhender le disque. Laurie Anderson est une performeuse, au sens où elle cherche l’effet sur son auditeur à force d’un travail sur le langage, et la juxtaposition de sens parfois contradictoires. Le disque Mister Heartbreak (en français, Monsieur Cœur brisé) fait étalage d’un grand nombre de collaborateurs de grand talent. Au premier rang de ceux-ci, Bill Laswell le bassiste touche-à-tout qui coproduira trois titres de l’album. Adrian Belew, le guitariste du groupe de rock King Crimson qui officiera avec elle sur Zoolook de Jarre. Parmi les autres guests prestigieux de l’album, l’écrivain William Burroughs (figure de la Beat Generation aux côtés de Jack Kerouac) qui participera au titre Sharkey’s Night. Peter Gabriel prête renfort en seconde voix sur quelques titres et chante surtout sur Excellent Birds, le single de ce disque hors-norme pour lequel il a co-écrit les paroles. Mais il est temps rentrer au coeur de l’album à présent.

> Revue de détail(s)

Sharkey’s day est le titre le plus long de l’album, il est aussi emblématique. Alternance de talk-over et de chorus chantés « pour de vrai », ses paroles distillent une poésie exubérante où les objets inanimés prennent vie et les animaux acquièrent des facultés humaines. Des percussions et autres instruments africains donnent un aspect brut à ces longues plages où la guitare de Belew se désincarne au gré d’effets de distorsions multiples. 

Le titre Langue d’amour narre les aventures de trois personnages : une femme, d’un homme et d’un serpent sur une ile édénique. Cet épisode tragico-comique est rapporté par la voix informatisée de Laurie en anglais, avant d’interpréter quelques mots en français (la langue d’amour), dans la section finale qu’on pourra qualifier de femme-machine. Pas de refrain, pas de rythmique, seulement le bruit irrégulier et ininterrompu du Synclavier.  

N’y aurait-il pas quelque chose ou plutôt quelqu’un qui cloche sur Gravity’s angel ? Le batteur David Van Tieghem tisse une structure rythmique complexe, qui englobe la basse parcimonieuse de Laswell et le tintement régulier de la cloche. Le clavier se fait plus mélodique, ce qui contre-balance un peu le cadre strict où évolue Laurie, la voix haute perchée. Dans le timbre de la compagne de Lou Reed, quand il monte dans les aigus, je trouve quelque chose de Kate Bush (autre artiste que j’apprécie aussi énormément). Je ne sais pas si c’est le mimétisme de ce duo avec Peter Gabriel qui accentue ou non ce rapprochement.

Kokoku, et son alternance de son texte japonais et anglais, distille une ambiance pacifique, aux deux sens du terme. Trois musiciens japonais ont d’ailleurs participé à l’enregistrement du morceau, qui met une nouvelle fois à l’honneur les woodblocks, et une superposition de voix enregistrées, qui deviennent à terme patterns rythmiques. Un titre de sept minutes particulièrement intimiste. C’est sans doute le titre de l’album que je préfère entre tous.

> L’ange Gabriel

Excellent Birds et ses paroles minimalistes dépourvus de toute logique (apparente) et sa durée compatible avec les passage en radio (3’17) porte la griffe Gabriel (qui en plus de ce que j’ai mentionné au début, joue du clavier su ce titre), avec cette progression d’accords descendantes, qui s’articule autour de l’accélération brutale du débit de sa voix. 

Derrière chaque titre un peu plus art-rock se cache un autre, aux vertus plus rêveuses. La fin de l’album en témoigne également, avec deux titres où les instruments passent soudain de l’arrière-plan au premier plan. Ces deux dernières pages de l’album est plus explicitement littéraire :
Blue Lagoon, sorte de carte postale sonore d’une île aux eaux turquoise, présente des extraits de « la Tempête » et de « Moby Dick ». Une beau sentiment planant préside à l’instrumentation de ce titre, avec entre autres ses nappes délayées, ses longs accents de guitare électrique, et ses steels drums au loin. La voix de Laurie se fond élégamment dans le scintillement du Synclavier.

Le dernier titre Sharkey’s Night, est une texte lu par William Burroughs, sur une trame assez hétéroclite, entre relents du titre d’ouverture (le jour de Sharkey) sur le fond et guitares (basse et électrique)  prégnantes sur la forme. Curieuse conclusion d’album, donc, mais pour un album aussi curieux, rien ne l’est assez.

Ne vous laissez pas dérouter par l’absence de mélodies immédiatement décelables de l’album, mais faites comme moi, et prenez vos dictionnaires d’anglais (ou votre traducteur internet préféré) et lisez les textes de Laurie (la vraie chanteuse, pas l’atroce homonyme) à haute voix. L’album est souvent présenté comme le plus accessible de la chanteuse (qui a peu produit et des choses assez inégales à mon goût). Ses textes sont remplis d’humour et de phrases parfois ésotériques ou politiques.

 


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