Michel Geiss, le « géo trouve-tout »

Michel Geiss, ingénieur du son mastering et bien plus encore !On ne peut pas faire décemment un site sur Jean Michel Jarre sans consacrer un article significatif à Michel Geiss, qui fut son collaborateur pendant une vingtaine d’années (d’Oxygène au disque live Hong Kong), et eut un apport irremplaçable sur le succès de ses compositions, je pense au plus emblématique, Equinoxe



 > La technique au service de la musique 

Electronicien de formation, Geiss est passé par l’IRCAM avant de se consacrer à la musique en studio avec Jean Michel Jarre. Après avoir œuvré pour l’un des plus grands de la musique électronique, Geiss travaille aujourd’hui ou a travaillé avec les plus grands noms de la chanson française (Laurent Voulzy, Michel Jonasz, Patrick Bruel, Michel Sardou, Starmania, Trust, Catherine Lara, La Compagnie Créole, etc.), notamment pour ce qui est du mastering. Il a de plus, travaillé sur de la musique classique ! Il est bon d’indiquer que le rôle d’un ingénieur en mastering, c’est celui de préciser le son définitif de l’album, sa structure physique définitive. Il règle le dosage des graves (pour ce qui est de la musique électronique, fondamentalement difficile), des aigus et des médiums, ce qui est une intervention musicale et subjective à chaque fois. Michel Geiss développe aussi depuis plusieurs années des projets dans le domaine des nouvelles technologies de traitement des sons.



> Premier contact avec Jean Michel   

La carte de visite de Michel Geiss a pris la dimension d’un poster, depuis qu’il a travaillé avec un certain Jean-Michel Jarre. Ce nom, il a entendu pour la première fois en 1974 alors qu’il donnait une conférence pointue sur les synthétiseurs analogiques à l’Audio Engeeniering Society. Il y était question de son étude sur l’ARP 2600 (synthétiseur de 1971) et ses mérites comparés avec le Moog en termes de synthèse devant un parterre d’ingénieurs du son de la télévision et de la radio. Geiss débarque dans l’univers du studio. Son rôle, dans un premier temps, aura été d’expliquer « physiquement » ses synthétiseurs à Jean-Michel, et de réfléchir à de nouvelles fonctionnalités pour de futures machines (j’y reviendrai dans un instant), ce qu’il formule ainsi : 

« Des idées sont nées de notre rencontre, en 1974, comme celle du Matrisequencer 250, que j’ai réalisé plus tard en 1978, et que Jean-Michel aime toujours utiliser dans ses compositions. Il y a eu aussi ma réalisation du Rythmi-computer, une boîte à rythmes complexe, programmé par un micro-processeur, avec des sons électroniques que j’avais spécialement fabriqués. Tel a été le point de départ de notre longue association, qui m’a permis de collaborer aux projets de Jean-Michel à différents niveaux, depuis Oxygène.


> Des machines de rêves    

Le matrisequencer, instrument emblématique de Michel GeissConcepteur d’instruments, ingénieur du son, musicien, puis producteur, ingénieur du son mixeur (Chronologie et Hong Kong) et ingénieur du son mastering, Geiss est une sommité dans le monde de la musique, même si son caractère introverti ne le laisse pas paraitre. On l’a vu sur scène, mais derrière tous les autres, avec Jarre lors des concerts mémorables de Houston, Lyon et La Défense.

(…) de tous ses collaborateurs, je crois être celui dont la vie a le plus changé : j’ai même changé de métier. Mon métier actuel, même s’il découle de ma formation antérieure, je l’a réellement appris lors de mon travail avec Jean-Michel. J’ai pris peu à peu mes distances avec l’électronique pure, après avoir vécu certaines aventures technologiques : la console de gravure automatique de Dyam Music, des automates complexes, une pendule musicale pour l’émir de l’état d’Oman et des génériques pour la télévision. Maintenant, je suis plus impliqué dans la réalisation de disques et des concerts de Jean-Michel, où je suis musicien à part entière. Mon travail va de la programmation de sons sur synthétiseurs à la pris de son en studio, de la postproduction vidéo sur les films des concerts à la surveillance de la qualité technique des retransmissions radio et télévision des concerts, de la qualité technique de fabrication des disques, cassettes, vidéos, des contacts avec les musiciens, de la recherche de nouvelles techniques pour le studio ou les concerts, au travail de mixage des albums de Jean-Michel ou d’autres  artistes. (…)J’ai la chance d’avoir une activité diversifiée, donc intéressante. Je vois les multiples facettes d’un métier en constante évolution. Ce qui m’a le plus passionné avec Jean-Michel a été la réalisation de ses albums. 

Equinoxe est l’occasion de dévoiler la puissance de la boite à rythme commandée par ordinateur, son Rythmicomputer, construit en 1976, qui brille dans la face B de l’album. Michel Geiss conçoit sur une idée de Jean Michel Jarre un système de programmation basé sur une matrice, qui prendra le nom ésotérique de Matrisequencer 250. Cet arpégiateur complexe servira de base à de nombreux passages du disque Equinoxe. Le « cerveau » de la machine est celui d’une carte-mère d’un ordinateur Atari. Michel Geiss et Jean-Paul Dubois adapteront cet instrument en 1992 pour qu’il puisse gérer plusieurs séquences. Il sera «midifié» pour les besoins du disque Chronologie et baptisé Digisequencer en 1992.

Il n’existe qu’un seul Matrisequencer. Ce n’est pas un simple bricolage, mais un instrument complet. Cet instrument est né d’une idée de Jean-Michel qui, au GRM, avait expérimenté le travail avec des matrices et des fiches. Il s’agit d’un appareil très particulier, puisqu’il permet de programmer des séquences en branchant des fiches sur une plaque percée de trous (une matrice). Cet instrument permet une approche très originale de la programmation, grâce à son aspect visuel.


> Réflechir sur la production de la musique    

Avec Jean Michel Jarre, ils partagent les mêmes vues sur le paysage actuel de la musique, qui tend vers un son toujours plus propre (pour parler vite), et malléable et corrigeable à souhait. L’envahissement des logiciels de synthèse et la démultiplication des possibilités de mixage en temps réel a profondément changé la nature du travail en studio ou en home-studio. La spontanéité est quelques chose derrière beaucoup d’artistes courent aujourd’hui, Jarre en tête. D’ailleurs, même dans la musique classique, on se pose un certain nombre de questions qu’on ne se posait pas il y a une quinzaine d’années. Voici ce que déclarait l’intéressé en 2002 :

«(…) le contact physique avec l’instrument est à mon avis irremplaçable : c’est très différent d’être en face d’un ordinateur ou d’un « vrai » synthétiseur. Il n’y a pas la même attirance, je dirais. Et je suis convaincu que cela joue un rôle dans l’approche créatrice, dans l’envie qu’on peut avoir de travailler avec un instrument, même si c’est juste une boîte en métal. Pour moi, il y a une « libido » musicale, un besoin de contact physique direct avec ce qui produit les sons.»


> La nostalgie du futur    

Avec le départ de Michel Geiss, bon nombre de fans ont senti une réelle différence dans la carrière de Jean Michel, qui s’est accentuée continument. Il faut dire que leurs relations ne s’arrêtaient pas à la discussion sur les instruments ou le sound design, mais allaient jusqu’aux projets de concerts. Il n’a jamais été question d’une rupture entre les deux hommes, mais plutôt de chemins différents. Michel Geiss semble très heureux dans l’univers de la chanson, et il prodigue ses conseils et ses talents à énormément de producteurs indépendants. Après l’avoir vu assister à un des concerts d’Oxygène au théâtre Marigny, chacun se prend à rêver d’un nouveau travail en commun. Mais ce n’est qu’un rêve… Voici ce que déclarait à son sujet le musicien accompagnateur de Jarre, Francis Rimbert, sur son site internet, en octobre 2005 :

Je dois beaucoup à Michel Geiss dans ma carrière musicale. C’est en effet lui, qui est venu me voir dans la société Gamme (importatrice de Korg) pour me proposer de rencontrer Jean Michel Jarre.
Il est à l’origine du succès de Jean Michel Jarre pour lequel il a donné de longues années de sa vie… Personnage emblématique du mastering, il collabore aujourd’hui avec tout autant de talent aux carrières de nombreux artistes français. Mais il est avant tout, pour moi, la personne qui me fait le plus rire (grand spécialiste de jeux de mots) et le musicien le plus pointilleux que je connaisse. Capable de rester plusieurs jours sur une ligne de basse, ou sur une mise en place légèrement hors tempo ! Il me fait penser à ce que l’on appelait, jadis « les Compagnons », des gens passant leur vie à apprendre leur métier et à le faire partager aux autres. Il a une âme de chevalier, messire Michel.

 


2 commentaires

  1. Bernard RIBET dit :

    Un grand coucou à Jean-Michel, Michel, Francis, de la part de Bernard. En cas de besoin vitamines pour flash back : Akaï Pro années d’or 87/94. MPC60, S1000 etc…

  2. Jérémie Denis dit :

    J’ai appris beaucoup de cet article ; moi qui pensait que Jean Michel composait et programmait seul tous ses sons, je prends conscience de ma naïveté !

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