Depeche mode, la vie en rose ?

Depeche modeDepeche mode (qu’on surnomme usuellement « les Mode » ou « DM ») est l’un des rares groupes britanniques majeurs à avoir réussi à enjamber avec succès les années 80 et 90. Il est composé à l’origine de Martin Gore et Vincent John Clarke d’un côté, et d’Andrew John Fletcher et Dave Gahan de l’autre, qui sont deux paires d’amis originaires de la banlieue de Londres. Fils de familles modestes, ils écument les scènes de la capitale, avec comme modèle Joy Division, sous le nom de Composition of Sound. Dotés de grandes ambitions, ils sont refusés par toutes les maisons de disques. Avec leur rencontre du producteur Daniel Miller de la maison de disque Mute Records, ils enregistrent leurs premiers singles pour l’Angleterre, tels Photographic, et Dreaming of Me, en 1981, sous le nom Depeche Mode. Le nom définitif du groupe tient à cette anecdote dont se régale tous les amateurs de rock, puisque, pressé de trouver un nom, Dave Gahan tombe en arrêt devant la revue française du même nom au milieu d’autres magasines. C’est l’époque de leur premier tube pop « Just can’t get enough ». Eye liner sur les cils, synthés aux ritournelles obsédantes, ces titres très clinquants exaspéreront la critique. Clarke, le parolier du groupe, craque sous le vernis du succès du premier album «Speak and Spell», sorti en novembre 1981. Gore se retrouve propulsé à la tête du quatuor, qui est renforcé par le claviériste Alan Wilder, recruté par petite annonce. Leur deuxième album, publié le 27 septembre 1982 «A broken Frame», sera le point de départ de leur première tournée à New York et en Asie. Sur scène, des magnétos permettent au groupe de suivre de très près l’esprit des albums. Le groupe prend dès lors l’habitude de suivre chaque 33 tours de tournées de plus en plus longues, succès commercial aidant. Leur style, que l’on qualifiera de synthpop, à l’instar d’OMD, a inspiré de nombreuses parodies, mais leurs fans, eux, ont toujours reconnu en eux une écriture musicale très personnelle et des mélodies proprement imparables.

 

 


> En quête de personnalité

Désireux de s’éloigner de l’image de chanteur néoromantique comme Soft Cell, ils embrassent la cause des machines, dans les pas de David Bowie et surtout de leur référence constante, Kraftwerk. Leurs coupes de cheveux raccourcissent également. C’est ainsi qu’ils vont donner corps à leur pop industrielle, à grand renfort d’échantillonnages pris dans les environs de Basildon, leur berceau musical, en pleine révolution thatchérienne. «Construction Time again» sort le 22 août 1983. Ils tournent au Danemark, en Allemagne (où ils seront toujours très populaires), en Belgique et en Hollande. Les Mode se précipitent sur tous les claviers nouveaux (Synclavier) et échantillonneurs disponibles (Emulator 1, Fairlight) pour forger leur propre univers. Comme le déclare Alan Wilder dès 1984, « Nous avons comme principe de n’utiliser que nos propres sons ».Some Great Reward, paru le 24 septembre 1984, alterne balades sentimentales (influence de Gore) et thèmes fétichistes ou sadomasochistes (influence de Gahan), tels Master and Servant. Cette année-là, les Mode investissent la jeune salle du Palais omnisports de Bercy, avec en exergue le single People are People. Commençant à acquérir un certain crédit critique (auquel le groupe est très sensible), Mute records sort leur première compilation, The singles 81-85, la même année que voit le jour leur premier concert filmé, The World we live in, tourné à Hambourg, en VHS.  

> Lumineuse célébration

Depeche ModeConservant le rythme d’un album par an, Black Celebration éclate aux yeux du monde dans toute sa majesté gothique (au sens où on l’entend aujourd’hui), le 17 mars 1986. Cette fois, il faut deux Bercy pour absorber tous les fidèles de la messe noire des anglais, tout de cuirs vêtus. Si les journalistes présents reprochent aux jeunes gens leur statisme, le public n’en a cure, comme dirait Robert (Smith). Plus que jamais soucieux de leur image et de leur promotion, les quatre électriques collaborent avec le vidéaste Anton Corbijn, qui deviendra très vite leur « maitre à filmer ». C’est à lui que l’on doit les clips vidéo les plus iconiques du groupe : voir celui, marquant, du roi errant et absurde de Enjoy the Silence. Au bout de millions de disques écoulés et quelques polémiques dépassés (notamment sur la famille royale britannique) plus loin, le groupe pourrait faire une pause, mais il n’en est rien.   

> Musique de séduction massive  

Le groupe s’enferme en studio tels des laborantins, ermites de leur propre quête d’identité au milieu d’une scène anglaise qui s’enflamme au rythme de la technologie numérique galopante. Délaissant Londres, ville qu’ils ont appris à détester, l’album suivant prendra corps entre les studios de Paris et du Danemark. Aux commandes de ce nouveau 33 tours, Dave Bascombe, le producteur de Peter Gabriel et de Tears for Fears. Ce sera donc Music for the Masses, le 28 septembre 1987. À la fois mélodique et trépignant (le boites à rythmes font partie intégrante du son Depeche mode), le son de cet album au titre fédérateur s’enrichit significativement de la guitare de Martin Gore. Les voix, elles, naviguent entre douceur et incandescence.Nouvelle tournée, nouveau triomphe. Le groupe sillonne les Etats-Unis pendant un mois et demi, avec un concert en apothéose au Rose Bowl Stadium (le temple du football américain universitaire) devant 70.000 fans déchaînés. Ils font alors partie des dix plus grand rassembleurs de spectateurs au pays de Tina « Simply the Best » Turner et de Bruce « The boss » Springsteen.Avec un double CD live édité en vidéo, intitulé sobrement « 101 », soit le nombre renversant de concerts donnés par le groupe cette année-là. Il s’agit de dix-sept titres dont la plupart déjà accrochés aux « billboards », ils squattent les sommets des ventes en 1989, le temps de penser au futur album, qui ne tarde pas.   

> Violator


Au tournant des années 80 à 90, il s’entoure à nouveau de talentueux hommes de l’ombre, en la personne de François Kerkovian (ex-remixeur pour Kraftwerk) et Mark Ellis, alias Flood, qui travaillera ultérieurement pour U2. Après un travail d’orfèvre en studio, l’équipe accouche d’un superbe Violator, en ligne avec le précédent album. Il comprend au moins deux hits complémentaires et intemporels. Je veux parler du folk-électro de Personal Jesus, et de l’upperbeat Enjoy the silence, calibré pour les clubs. Personne ne peut échapper aux claviers lancianants et au riff de guitare raccord d’Enjoy the silence. C’est d’ailleurs avec ce disque, Violator, que j’ai découvert ce groupe. Sa pochette, avec sa rose, reste gravé dans ma mémoire à tout jamais.  

Sous la plume de Martin Gore, le thème religieux, déjà présent dans les productions des années quatre-vingt, ressurgit comme une transfiguration à travers la voix caverneuse de Gahan. Tel un rouleau compresseur, Violator s’impose en 1990 avec quasiment deux millions d’exemplaires aux Etats-Unis. En europe, Depeche Mode marche aussi très fort. La tournée des stades (New York, Los Angeles), plus six mois de dates à la rencontre du public du monde entier, achève de les muer en groupe majeur du vieux continent, au même rang que U2.

En 1991, pour faire patienter les fans, une série de six coffrets de CD (Singles boxes) qui regroupe un grand nombre de singles et Maxis couvrent la période allant de 1981 à 1986.

 


 > Foi dans l’avenir

 

Pochette de Songs of Faith and DevotionSongs of Faith and devotion sort le 22 mars 1993, avec, chose inédite, quelques « guests » musicaux.C’est un album à l’ambiance torturé, très lourde. Jusqu’à présent, en dehors d’Andrew Fletcher dont le rôle dans la composition est très marginal, tout se faisant en interne, à l’image de Kraftwerk. Le « Devotional Tour », qui fait escale au prestigieux Crystal Palace de Londres, se transport ensuite aux Etats-Unis, où les drogues emporteront le chanteur Dave Gahan dans une schizophrénie de plus en plus pentue. Un live des titres du nouvel album, Songs of the Devotion / Live, sort en fin d’année, de pair avec sa version vidéo, « Devotional », avec le fidèle Corbijn.

Début 1994, l’Exotic Tour et ses soixantes dates prévues cristallise les tensions et les disputes entre les membres du groupe, qui pour mieux s’isoler de toute cette agressivité en finissent par louer un étage d’hotel par personne ! L’adage « sex, drugs and rock n’roll » est plus que jamais d’actualité au sein des Mode.

Désirant souffler, Andrew Fletcher s’extrait provisoirement de Depeche Mode en mars 1994. La tournée se prolonge malgré tout jusqu’à la fin de l’été 1994. Gahan multiplie les « bad trips » et, à son tour, au printemps 1995, Alan Wilder claque la porte du trio pour ne plus jamais y revenir. Ce dernier se recentre sur son projet alternatif, avec Douglas Mac Carthy, avec le groupe « Recoil ». Du côté de Los Angeles, Dave Gahan expérimente l’overdose et tente de se suicider. Il réchappe et pense même revenir en studio mais l’héroïne le rattrape bien vite.

 


> Ultra, la sortie d’un enfer

 Pochette d'UltraIl faudra attendre 1997 et l’album Ultra avec sa pochette oxydée, pour que le chanteur ne s’échappe de l’enfer de la drogue, ce qui suscite l’admiration, parfois racoleuse, des médias. Pour soutenir ce come-back improbable, de nombreux remixeurs de grande notoriété sont convoqués. Underworld accepte de donner son propre « Barrel of a gun », tandis que Daft Punk, en pleine ascension, refuse. Le 14 avril, « Ultra » sort, crédité de nombreux musiciens extérieurs, qui compense le départ brutal du stakhanoviste Wilder.  

C’est le fondateur du groupe électro « Bomb the bass », Tim Stevenson, qui endosse les habits de producteurs. L’album est lent et minimaliste, comme un condensé de tous les sentiments mélancoliques emmagasinés par les « trois de Basildon ». Les ventes de l’album, pourtant salué par la critique, ne permettront pas d’envisager tout de suite une tournée, qui est aussi une épreuve de feu pour Gahan, revenu de ses propres démons.

 


> Le temps des premiers bilans

 

Depeche ModeEn 1998, une compilation de singles de 1986 à 1998 et mise dans les bacs, avec trois remixes, et le live d’ « Everything counts ». C’est la suite de l’album de 1986. En août 1998, un album hommage avec la reprise de quelques-unes de leur chansons est publié. En septembre 1998, une tournée dite « Singles tour » prend forme. Elle draine un public nombreux à travers toute l’Europe, ainsi à Wembley par exemple, puis aux Etats-Unis.Deux ans plus tard, Depeche Mode sort Exciter, enregistré à New York, sous la férule du producteur Mark Bell.

Si l’album précédent était celui de la rédemption, celui-ci est celui de la reconquête. Avec des titres à potentiel grandes ondes comme « I feeled love » et « Dream On », les Mode se détachent de tout relent « bruitiste » pour s’ouvrir les portes de mélodie pop fluides et subtiles. L’Exciter Tour qui suivra l’album sera, à nouveau, un carton plein.

 


> Toujours à la mode !

 

En octobre 2005, après des albums solos de Gore et Dahan, Depeche Mode revient avec l’album Playing the angel. Cet album et ses douze titres est à nouveau acclamé par le public, et il contient de bonnes chansons, souvent lentes et processionaires, comme A pain that I’m used to ou Damaged People. Mais aussi des titres agacants, comme le sautillant Precious. Produit par Ben Hillier, c’est une sorte de retour aux sources pour le trio anglais. Bidouillages électroniques se mélange à de sompteuses surprises pop. Plus sûr d’eux que jamais, leur plus grande tournée mondiale est lancée, au travers de 123 concerts, un nombre record.

En 2006 sort un nouveau Best-of qui se veut définitif sous le titre : Best Of : Volume 1. Qui sait encore combien le groupe, qui a vingt-huit ans en 2008, nous réserve encore ! La voix de Gahan, ténébreuse, envoûtante n’a pas fini de nous plonger sous son charme liquoreux.

 

 


> Références sur la toile / Livres

> Site officiel du groupe. > Communauté française de fans / Communauté belge de fans.> Un petit livre très concis et pas cher sur le groupe, écrit par Bertrand Dermoncourt : Depeche Mode, de A à Z, chez Music Book. > Le livre collector des 25 ans de carrière, par Béatrice Nouveau, chez Vade Retro.> Depeche Mode, éthique synthétique, de Sébastien Michaud, chez Camion blanc.  

 


> Discographie sélective (CD et DVD)   

 

  • Speak and spell (1981)
  • A broken frame (1982)
  • Construction time again (1983)
  • Some great reward (1984
  • The singles 81-85 (1985)
  • Black celebration (1986)
  • Music for the masses (1987)
  • 101 (DVD live) (1989)
  • Violator (1990)
  • Songs of faith and devotion (1993) et Songs of Faith and Devotion (Live) (1993)
  • Ultra – 14 avril (1997)
  • The singles 86-98 (1998)
  • Exciter (2001)
  • Playing the angel (2005)
  • Sounds of the universe (20 avril 2009)
 


5 commentaires

  1. Veridis dit :

    vu deux fois en concert lors de la tournée « playing the angel » !! Dave Gahan incroyable sur scène, la musique et terrible et le public extraordinaire :)

    si vous en avez la possibilité écoutez le dernier album de Dave Gahan « hourglass »

  2. jouer poker dit :

    En effet, Dave Gahan a une présence incendiaire, ses mouvements, les jeux de voix, il allume le plateau quand il entre sur la scène.

  3. WILLOCQ Stephane dit :

    Fan incontèsté du groupe ,j,ai absolument tout sur les »basildon boys ».Un groupe qui n,a plus rien à prouver sinon que de perdurer.J,ai vue Depeche Mode 2 fois en concerts et je peux dire que Dave assure en conçert!!.Je retourne les voir au Stade de France le 27 juin ,et là dans une grosse semaine je vais recevoir le disque d,or de VIOLATOR qui pour moi et le meilleur album du groupe!!.Stephane

  4. Frank Boisgontier dit :

    Je plussoie sur ce qui est dit. C’est un excellent groupe, qui, à l’instar des vins de Bordeaux, se bonifie avec l’âge. Le départ de Vince Clarke et de ses sautillements synthétiques a permis au groupe de murir et de suivre sa voie, et quelle voie ! Le départ de Wilder a fait craindre le pire, mais là encore, quasiment exclusivement grâce à Martin Gore, le groupe a su évoluer et a pris une tournure encore plus expérimentale, même !
    Seul gros bémol : les concerts récents. Je suis allé les voir à Bercy lors de leur dernier passage… et je me suis sacrément ennuyé. La mise en scène était assez pépère, Gahan avait l’ir d’avoir moins la pêche qu’avant et les trois chansons en solo de Gore sont devenus trop caricaturaux et trop attendus. Mais bon, je n’oublie pas que ce sont des quincagénaires, qu’ils n’ont pas bu que de l’eau dans leur vie, ni fumé que des cigarettes en chocolat. Et puis, tant qu’ils nous font de bons albums, moi, je suis ravi :-)

  5. Démode Pêche dit :

    On dit Tim Simenon, pas Stevenson…

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