Kraftwerk (2/3) – Sur les rails du succès

Le groupe KraftwerkVoici la deuxième étape de notre itinéraire au cœur de la galaxie Kraftwerk (Première partie).

En 1977, Kraftwerk enregistre ce qui est pour beaucoup son meilleur album, Trans-Europe Express. Le nom de l’album vient de la fascination des quatre complices pour l’univers des trains, plus particulièrement pour celui qui longe les bords du Rhin. La campagne de promotion de l’album se fera d’ailleurs à bord d’un wagon restauré de l’Orient express, où sont conviés des journalistes. C’est sur ce disque que l’Electronic quartet utilise pour la première fois un séquenceur, de marque allemande, en plus des claviers ARP et Minimoog. Le morceau « Metal on Metal », qui évoque des coups sur des plaques de tôle, est une autre illustration de leur « musique industrielle populaire ». L’album est enregistré à Los Angeles.



> L’avènement de la musique motorik

Cette musique, même si elle a des reflets métalliques, n’en conserve pas moins l’aspect romantique allemand cher au groupe. Le rythmiques, que se partagent Wolfgang Flür et Karl Bartos, imite le « roulis » d’un train pour mieux symboliser le dynamisme de leur vision mécaniste de la musique.

Il figure dans l’un des couplets du morceau-titre, un hommage à David Bowie et Iggy Pop. Kraftwerk manque de peu de collaborer avec David Bowie, qui consacre une chanson clin d’œil à leur leader, V2-Schneider sur son album Heroes. Mais la volonté exprimée par le groupe de garder son identité allemande joue beaucoup en la défaveur de l’inventeur du glam-rock. Il en ira de même quand Jean Michel Jarre viendra frapper à la porte des Kraftwerk en sommeil pour son album à chansons Métamorphoses.

D’autres n’auront pas la velléité de vouloir approcher le groupe, et se contenteront de copier leur style avec abnégation, ou plus simplement de piller leurs œuvres, comme dans le cas d’Afrika Bambaata. Avec son producteur Arthur Baker, cet  éclaireur du hip-hop a en effet piraté des extraits de Trans-Europe Express pour en faire une production electro-funk assez hirsute. Ce sera le célèbre Planet Rock, morceau qui, contrairement à ce que son titre indique, est au carrefour du rap et de la house actuelle !

Le groupe décide d’apparaître moins en public, laissant leur mystère travailler pour eux. Ils en profitent pour développer le concept de leur prochain album, qui fera date dans l’histoire de la musique.


> Les hommes-machines 


Les mannequins d el'ère Man-machinePour The Man Machine* en 1978, Kraftwerk pousse son concept de musique robotique jusqu’à son paroxysme en allant jusqu’à remplacer ses membres par des robots (en interview et dans les clips vidéos), et les faire poser pour la pochette de l’album. Le visuel de The Man Machine ainsi que sa typographie sont inspiré par le constructivisme russe et notamment le travail d’El Lissitzky. Il faut savoir que ce mouvement de pensée a prospéré en Allemagne avec le Bauhaus dans les années 20 et 30, avant d’être fermée par les nazis. The man machine était un concept sous-jacent chez les Kraftwerk, puisqu’il préexistait sur une des affiches de leur tournée aux Etats-Unis, au printemps 1975.

Les artistes se considèrent comme des « ouvriers qui obéissent ».

Cet expression correspond à l’image du monde prolétaire et glaçant de Métropolis, le chez d’œuvre futuriste de Fritz Lang, qui donne son nom à la troisième piste.

Avec The Model, une balade autobiographique qui évoque les plantureuses créatures des boites de nuits allemandes, Kraftwerk va faire un malheur. Cette chanson hédoniste, tout à fait dans l’esprit du groupe, est néanmoins à l’écart du concept ferroviaire. Le titre bénéficie d’une mélodie ronde et entêtante, et le chant de Ralf a un aspect sirupeux. Elle sera première des billboards anglais pendant plusieurs semaines. C’est en accordant leur fond anti-conventionnel au format pop qu’ils réussissent à fédérer un large public. Pour le titre The Robots, ils bricolent la voix de Rälf pour qu’elle ait l’aspect de celle d’un automate, sans sensibilité. Enfin, le titre le plus mélodieux et le plus lumineux (sans jeu de mot) de l’album est sans doute Neon Lights, avec la voix calme et posée de Ralf Hütter.


> L’esprit des robots


C’est à la fois le retour aux Studios Kling Klang et le tout début de l’ère numérique. L’arrivée de nouveaux séquenceurs plus chers mais plus stables va radicalement transformer les méthodes de composition au sein du groupe. Le temps gagné en interprétation dans les studios va leur laisser tout loisir de customiser leurs instruments (en les maquillant) et fignoler les doubles en plastiques qui porteront leurs traits (en les maquillant également). Une variante sans la chair rose et sans costume à diode intégré sera réutilisée ultérieurement pour l’album The Mix de 1991. Il n’y aura pas de tournée pour the man machine, mais seulement quelques apparitions télévisées assez spectaculaires. Cette année-là, Kraftwerk proclame avoir créé un nouveau courant : la robot-pop. Après l’électro-pop des trois albums précédents, et avant la techno-pop des albums suivants dont le premier s’intitule : Computer World, en 1981.


> Monde informatique


Kraftwerk à l'époque de Computer WorldIls sont signés dans la maison de disques EMI. Leur tournée, mi-homme mi-machine, sera l’apothéose scénique pour le quatuor de Düsseldorf. Sur scène pour Computerworld, les allemands vont utiliser des instruments miniatures, gadgets dénichés à prix d’or chez des fabricants d’électronique locaux. Il s’agit de mini-claviers et d’une calculatrice digitale qui joue une petite mélodie. Des mini-pads de batterie électroniques complètent le dispositif (voir photo ci-contre).

Sur la pochette jaune vif, le visage stylisé de Ralf, Florian, Wolfgang et Karl se détache d’un écran d’ordinateur. C’est l’époque où la fascination pour cette science nouvelle qu’est la domotique et la démocratisation des « Personal computers » est intense. On peut affirmer sans crainte que c’est le disque le plus minimaliste sur le plan des mélodies. Sur Numbers, une boucle de chiffres donne un apercu vertigineux de la pensée fractale qui domine le groupe à l’époque.

Avec ComputerWorld et ses produits dérivés (la fameuse « Pocket calculator »), Kraftwerk va faire sa plus grosse tournée, remplissant à l’occasion des stades entiers. Ils passent par le Japon, l’Australie et même l’Inde ! C’est avec le succès aux Etats-Unis que Kraftwerk sera reconnu à sa juste valeur en Allemagne, qui vit toujours un bouillonnement culturel intense.  


> Bug au sein du groupe


En décembre 1981, l’histoire de Kraftwerk connait un soubresaut compliqué, puisque leur manager et mentor Emil Schult lâche le groupe soudainement pour s’installer avec sa conquête aux Bahamas. L’ambiance, dès lors, ne va cesser de se dégrader au sein du studio Kling Klang. Ainsi, en 1982, Ralf et Florian délaisse la musique petit à petit au profit de leur nouvelle passion exclusive à tous les deux : le vélo de course. Il s’ensuit une chanson assez anecdotique, Tour de France, dont le seul intérêt rétrospectif est d’avoir utilisé le premier sampler (Emulator) pour enregistré la respiration de Ralf pendant l’effort sur sa bicyclette. Les autres membres de Kraftwerk pédalent derrière les têtes pensantes du groupe pour trouver l’inspiration et la motivation de continuer. En 1985, Ralf a un terrible accident de vélo avec un long coma à la clé. L’histoire du groupe ne sera plus jamais comme avant. Mais c’est déjà une autre histoire…

* Note : Les noms des morceaux et des albums est donné ici en anglais, mais ils exitsent aussi en allemand.

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