Wally Badarou – Words of a mountain (1989)

Wally Badarou – Words of a mountain (1989) dans CD / Divers 9ffe7220eca020c933cc4010._AA240_.LVoici le deuxième album solo du pariso-béninois de père diplomate, Wally Badarou. Né à Paris en 1955 mais ayant vécu toute son enfance au Bénin, Wally est un autodidacte du piano. Il cultive sa double identité comme d’autres, aussi candide que lui, cultivent leur jardin. En France, il est essentiellement connu pour avoir supervisé le programme musical du bicentenaire de la Révolution en 1989 (au grand dam de –vous savez qui-), aux côtés de Grace Jones et de Jean-Paul Goude. Il a également cofondé le groupe pop Level 42 et travaillé avec Robin Scott. Pourtant l’essentiel du succés international de Badarou est à mettre à l’actif de ses réalisations pour le cinéma.

 


> Compositions solides

Pour Words of a mountain (paroles d’une montagne), Wally a assuré le processus de la création à l’enregistrement dans son studio de Nassau. C’est Chris Blackwell, le boss d’Island Records, qui assure la production de l’album.

La pochette joue sur l’ambiguïté visuelle entre deux mains diaphanes repliées qui donne l’illusion de deux chaines de montagnes l’une derrière l’autre.

Leaving this place est une balade romantique au piano assez conventionnelle. Accords majeurs et mineurs, ce prélude permet de poser le tempo en vue du morceau suivant.

The Dachstein Angels est une pastorale de forme néo-classique qui met en relief les talents de mélodiste de Badarou. Un usage subtil des cordes (ostinato) permet de composer un air sautillant pas désagréable. Dès la première écoute, le refain est dans la tête. Le morceau, qui fait penser à du Karl Jenkins, superpose divers enjolivures électroniques. Il se fond ensuite dans des brumes synthétiques.



Wally Badarou> Claviers chaloupés

Vesuvio solo est une rêverie fait d’une introduction free-jazz tournoyante, et d’une section principale qui ondule sur une basse très ralentie. La mélodie, onctueuse et trainante comme une biguine, est entrainée sur des coulées de synthés célestes. La conclusion de Vesuvio est une ritournelle de cinq notes, mais je n’ai pas identifié avec précision l’allusion au macabre volcan.

Mt. Fuji and the mime est le thème orientalisant (il y en a souvent un dans les productions new-age) de l’album. Staccato de cordes et sons cuivrés (koto, shamisen) s’affronte sur une sorte de tatami sonore. La vélocité du franco-nigérien s’exprime à plein sur ce morceau (même si dans ce domaine, son successeur chez Level 42, Mike Lindup, a quelques longueurs d’avance) L’art de la digression du compositeur l’amène à fragmenter ce morceau. L’une correspondrait probablement au Mont Fuji, la deuxième au mime. Il me semble que la B.O. du grand bleu comprenait plusieurs morceaux assez proches sur le plan du son.

Wolves in the urals est un paysage abstrait, avec des traits pointillistes dans un vent givrant qui semble se coller à vos oreilles. Quelque chose d’assez musical se détache de cet ensemble de bruit blanc, qui a été réalisé sur la base d’enregistrement d’orage véritable. Badarou sculpte un monde de son assez fantomatique qui fait penser à du Tangerine Dream période Phaedra.

The Feet of Fouta et ses timbales font poursuivre le voyage sonore en Inde. La rythmique occupe la majeure place de la composition. Ce morceau a sans doute beaucoup à voir avec les solos aux collections de sons africains, brésiliens et indiens du virtuose Joe Zawinul. Admirable en ce sens est la coordination entre la basse synthétique, le son de clavecin et les chants africains échantillonnées. À ce stade, il est intéressant de remarquer, que, à l’instar de Jarre, les morceaux rythmés sont tous des numéros pairs.

Quant à A horn for Lake Powell, c’est un pur morceau atmosphérique. Dans ce type de morceau, Badarou arrive à composer pour son synthé comme pour un orgue à tuyaux, avec des pauses et des reprises. En réalité, ce son admirable avec son vibrato est obtenu par le mélange de sons de cors et de cordes. Pour moi, c’est le meilleur morceau de l’album.

Ayers Rock bubble eyes est encore un bel exemple de création de son. En recréant des bruits d’oiseaux tropicaux, Badarou nous immerge dans une musique contemplative. Le son mouillé de la deuxième moitié délivre de belles harmonies teintées d’altérations qui naviguent entre gammes de blues et de rock. Je trouve ce morceau, comme d’autres cités plus haut, assez décousus.

Words of grace est, malheureusement, un morceau un peu fade pour venir conclure ce voyage qui nous emmené pour ainsi dire sur les cinq continents. Avec un titre comme le sien, on pouvait s’attendre à plus d’emphase. À l’image de sa mélodie fluette, son orchestration prévisible est digne d’un générique de téléfilm à l’eau de rose. Pour rattraper cet écueil, ce morceau faible est aussi le plus court de l’ensemble.

En définitive, Words of a mountain est un album extrêmement relaxant et aux mélodies soyeuses. Le sound design est soigné et l’album mérite d’être écouté à plein volume. C’est, dix ans après, un excellent remède au stress et la stagnation orchestrale pop ambiante.


> Track-listing

  1. Leaving this place (4 :10)
  2. The Dachstein Angels (5 :30)
  3. Vesuvio solo (6 :13)
  4. Mt. Fuji and the mime (5 :26)
  5. Wolves in the urals (5 :28)
  6. The Feet of Fouta (5 :30)
  7. A horn for Lake Powell (4 :08)
  8. Ayers Rock bubble eyes (6 :15)
  9. Words of grace (2 :47)



  • Matériel utilisé : Synclavier, Oberheim OB-8, Yamaha TX-816, Roland MKS-20.

À propos de Jean-Baptiste

Né en 1977. je ne vis pas de l'écriture, je ne vis pas pour la musique, mais je suis en quelque sorte à mi-chemin des deux. Peut être. ou pas.

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2 Réponses à “Wally Badarou – Words of a mountain (1989)”

  1. Gedeon Ramon Dit :

    17 ans ou plus après « Chief Inspector », Wally Badarou revient à la musique avec « Fisherman », un instrumental funk de 15 minutes qu’il vend directement à partir de son site en utilisant l’outil GetJuke.

    http://bit.ly/12xhfd

    « Fisherman » se veut le premier extrait d’une trilogie que Wally souhaite présenter ainsi « oeuvre par oeuvre » avant une parution sous forme physique.

  2. Frank Boisgontier Dit :

    J’ai eu possédé ce disque en 33T quand il est sorti, et je me suis empressé de ne pas le racheter quand je suis passé au CD. J’ai globalement trouvé « Words of a mountain » assez ennuyeux et très, très froid. A part « Dachstein Angels », joyeux et sautillant, avec sa mélodie qui vous reste dans la tête plusieurs heures après son écoute, le reste est assez quelconque.
    Comme quoi, on peut avoir un matériel de folie et obtenir un résultat tristounet (comme JMJ avec « Téo & Téa »)

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