Jean Michel et le cinéma de pas-pas

Maurice et Jean Michel JarreJean Michel Jarre n’a que très peu travaillé au service du cinéma. Et cela, bien qu’il confesse être un cinéphile accompli, épouse successivement deux belles actrices et cite constamment en interview ses deux icônes, Federico Fellini et David Lynch. Et pourtant, Jean Michel avait commencé tôt. En 1968, alors qu’il est le leader de son groupe de rock Les Dustbins, il tourne dans le film Des Garçons et de Filles, d’Etienne Perrier, où il chante deux de ses compositions en s’accompagnant à la guitare, dans une boom d’adolescents. Certains bootlegs (comme le Jarre rarities) permettent se remémorer ce grand… chanteur que n’a jamais été Jean Michel. Mais revenons à la composition, le talent premier de Jean Michel…

Les granges brûlées, musique de Jean Michel Jarre, le 45 tours japonaisSon entrée fracassante avec la bande originale du film Les Granges brûlées de Jean Chapot en 1973, sorti chez Eden RocAlain Delon et Simone Signoret jouent au chat et à la souris dans ce polar non pas noir mais blanc comme la neige qui est un des autres personnages principaux du film. Sa musique électro-acoustique a reçu un accueil glacial, malgré la fraîcheur de certains titres proto-folk comme Zig-Zag. Mais cette première réalisation n’a produit que de l’écume chez les autres cinéastes français.


> Nul n’est prophète dans son pays 


Affiche de Gallipoli avec Mel Gibson, musique de Jean Michel JarreC’est donc à l’étranger que la musique de Jarre va être demandée pour le septième art. Ainsi, le cinéma s’est servi de sa musique de manière constante au cours des trente dernières années. Certaines apparitions au générique ne sont pas mémorables. Il en va ainsi d’un film X bas de gamme utilise ses musiques des Concerts en Chine sans l’accord de son auteur. Moins pervers mais très dérangeant, le film suédois sur le pré-ado Barnens ö (The Children’s Island, 1980) qui utilise Equinoxe. Enfin, dans un registre plus comique, un des premiers films de Jackie Chan qui utilise Oxygène II.En 1979, Jean Michel Jarre travaille pour Peter Fleischmann sur La Maladie d’Hambourg. Des extraits d’Oxygène et d’Equinoxe y sont utilisés. Ce film de science-fiction parle d’une mystérieuse épidémie qui fait mourir les gens repliés sur eux-même.En 1981, pour Gallipoli, le cinéaste australien Peter Weir utilise des extraits d’Oxygène au milieu de scènes de combat effroyables qui se déroulent en Turquie pendant la première guerre mondiale. Dans ce film, la musique de Jarre alterne avec l’adagio pour orgues et cordes de Tomaso Albinoni en do mineur (adapté en 1958), Johan Strauss et Bizet, ce qui donne un ensemble particulièrement déséquilibré classique / électronique. Ce film est accessoirement le premier de Mel Gibson. Dans la comédie Something wild [Dangereuse sous tout rapport] (1986) avec Melanie Griffith, un bout d’Ethnicolor I est utilisé. Pour le sulfureux Neuf semaines et demi (1986) d’Adrian Lyne avec Kim Basinger et Mickey Rourke, c’est le morceau extrait des Concerts en Chine, Arpegiator, qui est joué. Pas de publication sur CD en revanche.


Musique de Gallipoli (Oxygène II) http://www.dailymotion.com/video/kAPjyJFpRh2iKkjt24


> Jarre plonge dans le grand bain 


Pochette de Palawan - le dernier refugeJean-Michel Jarre réalise un vieux rêve en faisant la bande originale de Palawan – Le Dernier Refuge en 1992 pour le commandant Cousteau. Au point que Jarre lui dédiera son album En attendant Cousteau en 1990. Jarre compose pour le commandant au bonnet rouge un inédit, mélodiquement inspiré d’Equinoxe I, intitulé Palawan du nom d’une île des Philippines. Le reste de la bande-son est constitué de versions modifiées de ses albums, notamment Oxygène et En attendant Cousteau. Pour l’anecdote, à l’origine, Cousteau était très hermétique à la musique électronique, mais son nom est désormais associé à de grands noms de ce courant : Vangelis, François de Roubaix. Palawan est disponible en VHS, DVD et LaserDisc vidéo.Jean Michel avoue facilement un complexe dans l’écriture pour le cinéma devant son père Maurice Jarre, multi-oscarisé et populaire dans le monde entier grâce aux thèmes de Laurence d’Arabie, de Docteur Jivago et d’un Passage vers l’Inde.

Les bandes originales de film qui m’intéressent sont les bandes-sons de l’époque Ennio Morricone, toute l’époque des années 50-60-70. Morricone, mon père, Maurice Jarre, John Barry et Bernard Herrmann. C’est plutôt cet univers là qui m’intéresse musicalement, plutôt que les bandes de films qui existent aujourd’hui qui sont moins mélodiquement poussées. Les bandes-sons qui m’intéressent le plus aujourd’hui, si j’avais à en choisir, ce sont les bandes-sons de David Lynch.

Un film sur la musique, moi, je trouve que c’est très dangereux dans la mesure où la beauté de la musique c’est de pouvoir laisser les gens faire leur propre histoire ou imaginer leur propre film et si on leur impose des images sur une musique, j’ai peur que les images que j’ai moi dans la tête soit pas nécessairement les mêmes que les tiennes, les mêmes que les autres. Donc, je crois que le cinéma c’est une chose, la musique c’est une autre et que de s’imaginer que la musique ne peut exister qu’à travers l’image est quelquefois dangereux. 


> Jarre derrière la caméra et fait la star 


En 1999, Jarre fait une furtive apparition au cinéma en tant qu’acteur, où il joue son propre rôle, dans le film Le dernier Plan, de Benoît Peeters. Dans le scénario, il compose la musique d’un film qui est un serpent de mer.En 2002, pour le film confidentiel Qui veut devenir une star ?, Jarre compose à nouveau. La satyre sanglante de la télé-réalité et de la nouvelle émission Big Brother, le premier film de Patrice Pooyard. Il s’initie à la musique originale, sa première en 5.1, ce qui lui donnera des idées pour la suite. Ce film très léché n’est sorti dans le commerce qu’au Japon en avril 2003, à ma connaissance, et il est à ce titre collector.


  • Qui veut devenir une star ? Image de prévisualisation YouTube

> L’héroïne de Gdansk


Strike, le film de Volker SchlondorffL’héroïne de Gdansk (Strike en V.O.) de Volker Schlondorff (2007), permet de retrouver l’ambiance du concert de Gdansk : Shipyard Ouverture (Révolution industrielle), Space of freedom (anciennement nommé March 23), Suite for flute (avec la flute MIDI), Theremin memories, Pleasure Principle et Tribute for Jean Paul II (anciennement nommé Acropolis). Voici ce que déclare le réalisateur à propos de sa colaboration avec l’artiste lyonnais :

Sa musique est très importante pour le film, parce qu’elle ajoute un sentiment épique à une histoire qui dépasse celle de son héroïne, et à cause de son cachet très contemporain. J’ai entendu son concert pour le vingt-cinquième anniversaire de Solidarnosc à Gdank et lui ai demandé de me prêter des thèmes pour mon film. Il a travaillé exactement suivant les sons du chantier naval, le martelage de l’acier, tous ces sons évoquant  le « Rheinglod » de Wagner, plus la trompette en tant qu’instrument soliste, l’hommage à Jean-Paul II et, par dessus tout, le thème de la liberté de Solidarnosc. Tous ces éléments s’assemblent parfaitement dans ma propre perspective, et je pense que sa musique est toute aussi efficace que celle de son père [Maurice Jarre, NDLR] pour Le Tambour. Mon souhait est de retravailer un jour avec les deux d’entre eux sur un de mes films, pourquoi pas le prochain « Pope Joan », « Pape Jean-paul ».

Maurice et Jean Michel, un duo gagnant, assurément ! Alors, au delà du jeu de mots, l’expression cinéma de « pas-pas » prend son sens ici : au lieu de multiplier les projets cinématographiques comme l’ont fait les autre grands noms de la musique électonique, Jarre agit sur le coup de coeur, si l’on en juge par la variété des commandes que j’ai repertoriées ici (et il y en a encore d’autres) et avance, donc, pas à pas, regrettant même dans une interview récente donné à jean-Louis remilleux de ne pas en avoir plus fait.


Remerciements  : Chris d’Aerozone pour les images et les infos.

 


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