Frederick Rousseau, plan-séquence

Frederick RousseauNé le 9 avril 1958, Frederick Rousseau a collaboré avec deux des plus grands noms de la musique électronique, d’abord Jean-Michel Jarre au début des années 80, ensuite avec Vangelis dont il est devenu au fil du temps le directeur musical. Il est aujourd’hui sollicité à la fois pour le cinéma, la télévision et s’est fait un nom internationalement dans le monde de la musique. Sa formation au piano classique ne l’a pas empêché d’essayer de nombreux autres instruments : batterie, basse, guitare, percussions.
Et pourtant, le destin de Frederick aurait pu être tout autre s’il avait poursuivi son engagement dans l’armée, pour le compte du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) où il travaillait sur des têtes de missiles nucléaires.

En 1980, il devient associé avec Francis Mandin, ex-membre de Clearlight, pour développer le magasin Music Land à Paris, et succède ainsi à Joël Fagerman et Francis Rimbert, qui géraient le premier magasin de ce genre, Phonorgan. Le magasin, qui a été créé en septembre 1979, a une section synthétiseur très développé (Minimoog, Elka, Clavinet, Korg, Sequencial Circuits). Le magasin est le premier centre européen de musique électronique, et il est parrainé par Jean Michel Jarre. Music Land produit même quelques disques de musique planante (groupe B&M, série Dictotyledon) auquel participera en pointillé Frederick Rousseau. 

Vangelis vient s’approvisionner à Music Land en synthétiseurs pour les sessions parisiennes de l’album See you later (dont le morceau Memories of green resservira sur Blade Runner). C’est la première fois que les deux hommes se croisent. 


> Voyage avec Jarre et premiers contacts avec Vangelis

Frederick RousseauEn 1981, le jeune Frederick (23 ans) développe le premier séquenceur polyphonique de marque MDB, et son chemin croise la route de Jean Michel Jarre, qui est impressionné par les possibilités de l’instrument. C’est donc aux côtés du lyonnais que Frederick s’embarque pour la tournée de Jarre en Chine, en 1981, pour laquelle il enregistre pendant plusieurs mois toutes les séquences des trois premiers albums (dont Les chants magnétiques, premier album auquel il a participé). Rentré à Paris, il participe à l’enregistrement du double album Concerts en chine. Puis, à la fin de l’année, il croise Vangelis dans le studio Davout qui enregistre avec Jon Anderson son album sous le nom Jon and VangelisFriends of Mister Cairo. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre le pianiste autodidacte Jean-Philippe Rykiel (né en 1961), qui deviendra un collaborateur de longue date. Vangelis appelle Rousseau pour l’enregistrement de sa bande-son Blade Runner en 1982 (qui ne sera publié sous forme de CD qu’en 1994). Il commence par tenir le rôle de veilleur technologique (il surveille tous les synthés qui sortent sur le marché), et de librairie des sons analogiques et digitaux.En 1984, Frederick participe à l‘aventure Musiques pour supermarché puis Zoolook qui s’avèrent particulièrement exténuante comme il le dit lui-même :  

« Il m’a rendu fou (…) Quand je mangeais la moquette tellement j’étais épuisé, Jean-Michel était debout en train de me dire : Attend, il faudrait encore faire ça. »

Il déclare à propos de Zoolook, dont il a assuré les samples des musiciens américains (Marcus Miller, Yogi Horton, Laurie Anderson, Adrian Belew) et donné de nombreuses idées :

« J’ai fourni un travail impressionnant pour Zoolook. Je savais que le son de Jarre serait différent avec cet album, parce que Zoolook est différent en lui-même. C’est l’album le plus important et le plus technique que j’ai réalisé avec lui ».

Au bout de quatre ans et demi de travail en commun, Frederick quitte le studio de Croissy et la Jarre Team. Les deux personnalités ne sont plus rentrées en contact depuis quelques années maintenant.

 


> Studio mega à Paris

Frederick Rousseau au studio MegaEn 1987, il fonde le studio Mega, rue du Maréchal Maunoury à Paris avec l’ingénieur du son Thierry Rogen, où défile la crème de la variété française (Mylène Farmer avant qu’elle ne parte enregistrer aux Etats-Unis avec Rogen, Indochine, Jean-Louis Murat, Kassav, etc.). Pendant cette période (1987-1988), Vangelis quitte ses studios historiques de Nemo à Londres (il en avait plusieurs autres un peu partout dans le monde, depuis 1975) et s’équipe massivement en numérique, ce qu’il n’avait pas prévu quelques années plus tôt. Frederick  déclare rétrospectivement :  

« Le son change toujours avec la technologie. Pour moi, ce n’est pas que Vangelis qui a changé de son. Le son de Jarre a évolué. Le son de Klaus Schulze aussi a évolué. »

En 1990, Jarre s’offre à nouveau les services de Frederick pour le défi homérique de La Défense / une ville en concert, où il conçoit de nouvelles introductions pour les morceaux, et est affecté de nouveau aux séquences.
Il compose de 1990 à 1992 des bibliothèques de sons de la série dite « Illustrator ».



> Aux côtés de Vangelis

En 1991, c’est le vrai tournant de sa carrière. Vangelis utilise le studio Mega pendant six mois pour enregistrer son album The City, qu’il a composé dans une chambre d’hôtel. Il est impressionné par la capacité de Vangelis de composer en live ses morceaux, grâce à de nombreuses pédales et une utilisation intuitive des synthétiseurs. En binôme avec Philippe Colonna, Rousseau apparait sur les crédits de l’album, ainsi que sur tous les albums suivants du grec taciturne.Rousseau participe également au projet Eurêka, évènement européen porté par le ministre hollandais des affaires économiques, sur le thème des transports et de l’industrie, et qui aboutit à un concert sur le port de Rotterdam devant des centaines de milliers de personnes (275.000 peut-être ?). Ce show d’une heure, entouré de nombreux chanteurs (dont l’inévitable Jon Anderson), sur lequel pèse un lourd soupçon de play-back utilise un chœur dirigé par Guy Protheroe. Eurêka voit l’utilisation de lasers et d’images projetées pour célébrer l’entente scientifique des européens. Une nouvelle version de l’Hymne de Vangelis est étrennée.El GrecoEn 1992, Rousseau quitte le studio Mega et l’univers de la variété pour créer le studio Astron à Neuilly, et ne se partager plus qu’entre ses albums et ceux de Vangelis. Le claviériste grec repart dans sa péninsule pour clore sa période parisienne (de 1989 à 1992). Thierry Rogen, de son côté, déménage le studio Mega pour trouver des locaux plus grands, à Suresnes. Vangelis et Rousseau se voient quand Vangelis retourne occasionnellement à Paris ou que Frederick fait le voyage en terre hellénique. Cela ne les empêchent pas d’enregistrent ensemble une série de bandes originales des films : La Peste de Louis Puenzo, Bitter Moon (Lunes de Fiel) de Roman Polanski. Et puis il y a la plus connue de toutes, 1492 : Christophe Colomb, de Ridley Scott, qui sera bouclée dans le temps record de 2 mois, pour pouvoir lancer le film en même temps que le cinq-centième anniversaire de la découverte de l’Amérique, le 4 octobre 1492.Rousseau participe aux projets suivants : Antigone (1993), La Nuit des poètes (1994) et Foros Stimis Ston Greko (Tribute to El Greco), en 1995, disque intimiste qui sera édité dans le commerce sous le nom El Greco en 1998, avec deux titres supplémentaires. Un film inspiré de la biographie du peintre, dirigé par Iannis Smaragdis, utilise ces morceaux comme B.O. en 2007.

 


> Réalisations en solo

En 1994, il publie son album MÔ, un album qui met en valeur des chanteuses japonaises. C’est l’époque de sa vie où il signe sur le label new-age français Origins. Cette musique s’inscrit dans la mouvance ethno-lounge. Rousseau déclare à ce sujet vouloir faire de la musique qu’il a plaisir à écouter chez lui, dans un canapé, les yeux fermés. Les voix ethniques sont la composante essentielle de son travail, qui est moins symphonique que celle de son maître grec.
En 1995, il réalise Spirit in the Woods, album électronique consacré aux arbres, qui emprunte des rythmes africains. Puis vient Abyss (1996), expérience qu’il qualifie de non-musique, puisqu’elle correspond à un projet de musicothérapie. En 1997, il réalise Woods, avec des rythmes tribaux et des voix d’habitants de la forêt. Pour ces disques dépareillés, la méthode de composition ne varie guère :
 

« Je suis comme un peintre avec ma palette de sons, stockés sur CD-ROM ou sur mes synthés. (…) Quand je compose de la musique, j’aime le faire vite, et si possible dans l’ordre des morceaux qui figureront sur mon album. C’est ce que j’ai fais pour MÔ et Woods. »

En 1997, Vangelis se joint à lui pour composer la musique de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’Athènes, dans le stade antique de Panathanaikos, devant 75.000 spectateurs. Ce spectacle, qui est mondo-diffusé, fait le lien entre sport antique et ère moderne du sport.
Rousseau compose de son côté les bandes-son de 40 films ethnographiques. Il sort sa première collection d’album, les 5 volumes de terres de légendes, entre 1999 et 2000.

À propos de la mode des synthétiseurs analogiques, Rousseau déclare en 1999 :

« Aujourd’hui tout le monde est vintage. Jarre est obligé d’utiliser des anciens synthétiseurs pour créer un album marketing [Oxygène 7-13]. J’aime les vieilles machines mais j’aime aussi les nouvelles. J’utilise chaque instrument pour ses qualités intrinsèques. »

En 1993, Vangelis avait commencé à mettre sur pied son opéra cosmique, Mythodea, qui lui a été commandé par la NASA. Le projet verra le jour en 2001, pour le lancement de la mission Mars odyssey. C’est Frederick qui est chargé d’être la courroie de transmission entre les divas Jessye Norman, Kathleen Battle, l’Orchestre du London Metropolitan et bien sûr, les synthétiseurs de Vangelis.

 


> Des commandes diverses

Tears de Frederick RousseauEn 2002, Rousseau sort un nouvel album solo, Travels. Un an plus tard, il est sollicité par Nature et découvertes pour sortir un album Recall. Certains de ses succès des années 90 apparaissent également sur diverses compilations lounge. On peut citer l’influent Buddha Bar : volumes 3, 4 et 5 (Danya, La fille de Pékin, Princess W. Chena), Buddha Mudra, Marrakesh Express (Accross [the Desert]), etc. Il participe aussi en collaboration avec Fernand Deroussen à la série de disque relaxants « Oxygène series« , qui, hors de son titre, n’a rien à voir avec l’album de Jean Michel Jarre.
Retour au cinéma en 2004, il travaille sur la bande-son d’Alexandre, d’Oliver Stone, un travail de titan qui dure un an et qui lui vaut le titre de directeur musical de Vangelis.
Le premier album de Frederick, Tears, est paru chez Milan-universal en 2005. Il s’agit de son album Ethno-électro le plus accessible.Travels de Frederick RousseauL’anée 2006 est le moment où il procède au remastering de l’intégrale du catalogue de Vangelis pour EMI music. Il participe dans le même temps à la compilation World.com.En 2007, il supervise la bande originale du film Jacquou le Croquant, de Laurent Boutonnat. Puis, en décembre de cette année-là, il travaille pendant trois mois au nettoyage des bandes de Blade Runner sur une table de mixage hyper-moderne en vue de la réédition en trois CD du vingt-cinquième anniversaire de Blade Runner. Fredrick Rousseau précise vouloir consacrer de plus en plus de temps à la musique de film, exercie plus varié et moins « commercial » pour lui, orientation qui rejoint celle de Vangelis.

> Ses coups de coeur personnels

Frederick RousseauL’année dernière, Rousseau a collaboré avec les chercheurs de l’IRCAM sur Super Phase Vocoder autour de la conception du soft Audiosculpt, qui permet de modifier tous les paramètres d’un son à partir d’une représentation graphique de celui-ci. Frederick Rousseau confesse écouter les radios (FIP et Nova) [alors que le son de la radio écrase la perception de la richesse de la musique, NDLR], et aime particulièrement les albums de Deep Forest Bohême et Comparsa et le projet Era de son ami compositeur Eric Levi : «La musique d’Era associe pop et new-age avec des chœurs, de la batterie et des sons de guitares électriques : c’est un excellent concept.» Il aime aussi fabriquer des images de synthèses (en témoigne l’esthétique hi-tech de son site web).

 > Sa conclusion sur Jarre et Vangelis


 

Ce qui m’amuse, c’est que je me souviens de cette collection de Synthétiseur, les plus grands thèmes, volumes 1 et 2, recréés par Ed Starink. J’ai réalisé qu’à chaque fois que quelqu’un cherchait à imiter Jarre et Vangelis, il n’y arrivait pas. C’est toujours pire. Je n’ai jamais trouvé des versions de jarre ou de Vangelis meilleures que l’original. Seulement deux reprises de State of Independance de  Jon and Vangelis, une chantée par Donna Summer faite par Quincy Jones avec le All Star Choir (Christopher Cross, Michael Jackson, Lionel Ritchie, Stevie Wonder et consorts) et une version rock’n’roll de cette même chanson par Chrissie Hynde, excellente.

« Je suis quelqu’un de chanceux », résume-t-il, « j’ai vu l’émergence du monde du synthé. À travers Jarre, à travers Vangelis, à travers divers artistes. Je mesure cette chance. Travailler avec eux est un poste d’observation privilégié pour voir différentes approches du business, des concerts et de la musique. Je confirme qu’ils sont tous les deux uniques en leur genre.

 


> Discographie

Disques solos :  

  • Illustrator series (1990-1992)
  • Mô (1994)
  • Spirit in the Woods (1995)
  • Abyss (1996)
  • Woods (1997)
  • Terres de Légendes series (1999-2000)
  • Travels (2002)
  • Recall (2003)
  • Tears (2005)

La fille de Pékin : Image de prévisualisation YouTube

Avec Vangelis :

  • Blade Runner (film de Ridley Scott, 1983)
  • Friends of Mr Cairo (1984)
  • Themes (1990)
  • Oceanic (1998)
  • La Peste (film de Luis Puenzo, 1991)
  • Rotterdam concert (1992)
  • 1492 : Christophe Colomb (bande originale, 1992)
  • Opening Show IAFF (1997)
  • Mythodea (2001)
  • Alexandre (film d’Oliver Stone, 2004)
  • Blade Runner (25ème anniversaire, 3 CD, 2008)
 


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