Steve Roach, musiques pour déserts

Steve RoachAdolescent, Steve Roach voulait devenir pilote de moto, mais la mort de deux de ses amis pilotes dans des accidents de deux-roues changeront son désir initial. Écrivant des articles sur la musique pour son plaisir, au départ le prog rock (Pink Floyd, ELP), il découvre la musique allemande de pointe dite krautrock (Kraftwerk, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Can), et est particulièrement saisi par les sons atmosphériques de Klaus Schulze (il cite régulièrement l’album Timewind qu’il entendit dès 1975). C’est ainsi qu’il décide de s’intéresser à la musique, mais électronique, directement. À 20 ans donc, Roach acquière son premier synthétiseur, le monophonique Roland SH-1000, et, en autodidacte, cherche à en savoir toujours plus sur le fonctionnement de ses étranges machines.

Ce natif de Californie habite désormais Tucson en Arizona, déménagement pour être plus au calme. Il aime à se dépenser en vélocross, sur les chevaux élevés par sa femme, ou plus simplement, à pied autour de cet état désertique qu’il a adopté. Musicalement, Roach est passé maître dans l’art des séquenceurs, et sa musique se caractérise par l’utilisation extensive de la reverb et des « murs de son ». Pour lui, les paysages (notamment le désert et les montagnes du sud-ouest américain) et les paysages sonores sont étroitement liés, jusque dans les titres de certains albums (Desert solitaire [1989], World’s edge [1992], Texture Maps [2003], etc.). 



> Premiers enregistrements 

Il réalise son premier album : Moebius, en 1977, le premier d’une très longue série. Le son de Roach est alors mécanique et froid, sous grande influence krautrock, et surtout le peu d’équipement (1 synthé et un orgue Vox) dont il dispose fait qu’il faut attendre 1981 pour qu’il affirme sa propre personnalité avec l’album Now. Ses influences sont alors Philip Glass et Terry Riley.

J’ai une relation très tactile et très directe avec la musique. J’ai besoin de ressentir le son et de le modeler au moment où il se produit. C’est le genre de sensation que vous ne pouvez obtenir qu’avec des oscillateurs, et non avec des boutons. Je ne suis jamais satisfait avec les sons qui viennent directement des machines, j’ai besoin de sentir qu’il me ressemble.

Comme Jarre, il conserve précieusement tous ses synthétiseurs (analogiques, digitaux et hybrides) au fil du temps. Son clavier préféré est l’Oberheim Matrix 12 (analogique / contrôlé en MIDI) de 1984. Depuis 1986, il utilise également le Macintosh pour composer. C’est au sein de son studio, le « Timeroom » que Steve s’entoure (au sens propre) de ses synthétiseurs et de son ordinateur pour retravailler sans cesse les sons, jusqu’à obtenir le « son pur comme un piano forte ».



> Des bonds de kangourous 

Steve Roach en studioSon album majeur, Structures from silence (1984), a été réédité à de nombreuses reprises, et est même conseillé dans la pratique du yoga pour faciliter la méditation. À l’époque, ce disque lui permet de signer sur le label californien Fortuna Records. Il sort une série d’album dont le titre n’aurait pas déplu à John Cage, intitulé Quiet Music (musique du silence).Il a fait par la suite l’album Western Spaces (1987), avec deux camarades claviéristes, Richard Burmer and Kevin Braheny. Puis il se passionne pour l’Australie en général et la culture aborigène en particulier en 1987. Roach rend hommage à cette culture méconnue des peuples du centre de l’Australie à travers le double album Dreamtime Return (1989) qui sera aussi utilisée dans la musique pour un programme de PBS. Son histoire d’amour pour l’Australie n’a pas cessé depuis. Steve s’initie au didgeridoo avec le maître local David Hudson. Il produira d’ailleurs trois disques de ce maestro de l’instrument à vent. Steve utilise sur un certain nombre d’album en solo (Woolunda, [1993]) ou en accompagnement à travers la fin des années 80 et le début des années 90.


> Les années 90 et 2000

Les années 90 seront celles de toutes les rencontres pour Steve Roach. D’abord le musicien ambient Robert Rich, son alter-ego californien. Puis, il créé avec le mexicain Jorge Reyes et l’espagnol Suso Saiz le groupe Suspended Memories, qui publie deux albums fort improvisé à la guitare et au synthé (Forgotten Gods [1993] – disque indépendant de l’année – et Earth Islands [1994]). Ils tournent tous les trois, notamment dans des festivals de jazz, car leur musique n’est pas « cataloguable ». En 1995, Roach rencontre le musicien belge anti-système Vidna Obmana lors d’une tournée en Europe. Ensemble, ils formeront de nombreux projets jusqu’à aujourd’hui, avec parfois de grands intervalles de temps entre le début d’un album et sa réalisation, parfois seulement quelques jours. Leurs albums en commun est extrêmement expérimentaux, bien que plus rythmé que les productions ambient du compositeur américain.À part Structures from silence, autre album marquant, the Magnificent Void, de 1996. Il s’agit d’un album également sombre (on parle depuis de dark ambient) et lumineux par ses fulgurances, mais très hermétique de prime abord.En 1999, Steve Roach lance sa propre maison de production, Timeroom editions. Il collabore entre autres avec le guitariste légendaire de King Crimson, Robert Fripp en 2002, dans l’album Trance Spirits. En 2003 sort un disque compilation Space & Time, an introduction to the soundworlds of Steve Roach, qui balaye une large partie de son répertoire.
Avec de nombreux projets en cours et son aide à la formation de jeunes musiciens au travers de ses « masterclass » très sélectifs, Roach ambitionne d’accompagner le mouvement ambient vers de nouvelles oreilles, surtout aux Etats-Unis, pusiqu’il très rarement son pays pour se produire en Europe.


> Ressources sur le web

  • Site officiel de Steve Roach
  • Interview de Steve Roach (en anglais) : Image de prévisualisation YouTube 
 


6 commentaires

  1. fabrice b dit :

    Enfin on rends hommage à ce grand bonhomme qu’est Steve Roach……merci

  2. Mmarkus dit :

    Oui, assurément encore trop peu de commentaires sur Steve Roach, il a commencé avec un style issu de la Berlin School au début des 80′(que je préfère) des peintures sonores très séquencé, dans des albums comme « Now, Traveller, Empetus et Stormwarning ». Attiré par le desert « Western Spaces, Desert Solitaire » (albums collaboratifs) et différentes Ethnies comme les Arborigènes « Dreamtime Return » et « World’s Edge », il a commencer a se diriger vers un style plus ambient et World, comprenants des instruments Ethnique, des percussions hétéroclites enveloppé de grandes reverb. Il a travaillé aussi avec Robert RICH sur 2 excellents albums « Strata, et Soma » et a crée aussi d’autres association tel Suspended Memories. Autres album a découvrir « Life Sequences, Kairos, Proof positive » Très prolifique, il a bientôt produit plus d’une centaines de titres en 30 ans. Des grands espaces sonores vraiment à découvrir.

  3. Ujjaya dit :

    La France se réveille un peu tard. J’avais pondu les premiers articles sur ce géant dans les années 90′s dans des fanzinez , époque où tout ce qu’il faisait valait de l’or. Actuellement il reste tout aussi prolifique mais il y a beaucoup de déchet ou de redites.

  4. barbier christophe dit :

    Superbe article sur ce grand maitre de la musique electro, mon album est dreamtime return.
    cette musique a été un peu abandonnée en france depuis que jarre et vangelis ne sont plus a la mode.

  5. Ujjaya dit :

    Samedi 31 Octobre 2015 : Concert de Ujjaya et Archétype , 2 grands amateurs de Steve Roach: dans un format magique de 21h à 6h et dans un lieu magique : le temple hindou du Dharma Sangh à Paris 10°.
    La présence française de Steve Roach est bien assurée . Ujjaya représentant son versant ethno-ambient et Archétype son côté Deep Listening.
    https://www.facebook.com/events/1180696638613565/

  6. Ujjaya dit :

    Ça serait vraiment super que vous fassiez un topo sur les autres musiciens de l’école californiennes et leur satellites : Robert Rich, Michael Stearns , Jorge Reyes , Tuu , Mathias Grassow, Oophoi , TKlaus Wiese , ….

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