Vangelis – Beaubourg (1978)

Pochette de Beaubourg par VangelisÀ l’époque de son enregistrement, Beaubourg est l’album le plus expérimental de Vangelis et celui qui scinde les familiers du claviériste grec en deux camps. D’un côté, les admirateurs transis, de l’autre, les critiques amers. Cet album de 1978 porte le nom du quartier de Paris où le jeune Papathanassíou (son nom complet) a vécu quelques années à la fin des années 60, et est tombé sous le charme de son environnement culturel ainsi que de la France en général. C’est en effet à cette époque que la construction du Centre Pompidou pour l’art moderne (peinture, sculpture, vidéo) entre en vigueur. Autre élément d’ambiance que l’on peut citer, le Plateau Beaubourg est un haut lieu de la musique expérimentale, puisque l’ouverture du centre de recherche IRCAM est concomitant à celle du musée d’art moderne, c’est-à-dire l’année d’avant l’enregistrement du disque.

 

 


> Le synthétiseur CS-80


Yamaha CS-80 (1977)Pour cet album, le pensionnaire des studios Nemo à Londres a préféré à son arsenal d’instruments l’usage unique de son nouveau synthétiseur, le Yamaha CS-80, qui deviendra très vite l’un des indicatifs de sa musique. En 1992, Vangelis déclarait : « La naissance du CS-80 m’a donné de grandes espérances dans le développement des synthétiseurs, du fait de ses capacités uniques au royaume de la sensibilité musicale. C’était le seul synthétiseur qui avait cette expressivité depuis 1975. Aucun synthétiseur n’a été conçu selon cette pensée depuis cette période. »  (Source : http://www.anunna.net/vangelis/article2.htm) 

Vangelis réalisera lui-même la pochette de l’album. C’est le dernier disque de Vangelis pour RCA avant qu’il ne rejoigne Polydor. Cet élément a fait suggérer à nombre de commentateurs qu’il se serait ainsi débarrassé de son ancienne maison de disques en lui proposant un album «anti-commercial», comme le fit avant lui Lou Reed avec Metal Machine Music (1975). Mais cette thèse semble être en contradiction avec les rares déclarations de Vangelis au sujet de Beaubourg, qui le voit comme un album studio aussi sens plein du terme. Notons aussi qui la peinture va devenir un des thèmes fétiche du compositeur au cours des années. Vangelis utilisera des instrumentations très proches de Beaubourg pour l’illustration du documentaire de Frédéric Rossif sur Picasso (1981).

 

 


> Nature de la musique


Ce qui frappe en effet dans les deux parties de Beaubourg, c’est le caractère atonal et très segmenté (en divers sous-mouvements) de sa musique, esquissée dans certains passages l’album Heaven and Hell (1975). Improvisée sur le moment, l’enregistrement découle d’une seule (ou de quelques – impossible à dire) prise(s). Simplement, jamais Vangelis n’avait fait courir ses introspections sur toute la longueur d’un album. Seules quelques bribes de mélodies repérables émergent d’un ensemble constituant une musique « abstraite ». Par abstrait, j’entends sans rythme apparent, sans cohérence tangible dans les tonalités utilisées. Vangelis a fait un usage massif des effets de distorsion du ring modulator (modification de l’amplitude ou de la fréquence des sons) de son CS-80 pour produire toute une gamme de bruits métalliques cinglants.
En complément, avec son ingénieur du son Keith Spencer-Allen (assisté de Marlis Duncklau), Beaubourg dévoile une utilisation maximale d’effets stéréophoniques.
 

Il semble que nous soyons, avec ce disque de 1978, dans la lignée des divers compositeurs expérimentaux, rapprochant ce travail de la musique électro-acoustique de Morton Subotnick, voire de l’avant-garde « classique », incarnée par Karlheinz Stockhausen. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le label classique Deutsche Grammophon invite le grec à reproduire ce type d’expérience sur un de ces disques ultérieurs, bien que considéré comme moins puissant, Invisible Connections (1985). Enfin, seule une minorité de fans de Vangelis considère qu’il s’agisse de son meilleur album. Vous l’avez bien compris, cet album nécessite une dose de curiosité musicale et constitue la voie escarpée dans l’ascension de l’Olympe que constitue l’œuvre de Vangelis.

 

 


> Track-listing


 

  1. Beaubourg, Part I (18:09)
  2. Beaubourg, Part II (21:05)

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5 commentaires

  1. Pierre dit :

    Cette musique semble en effet assez difficile d’accès…
    Dans le livre « Techno Rebelle,100 ans de musiques électroniques » de Ariel Kyrou, il est rapporté un commentaire de Vangelis à propos de son propre album, qu’il considère comme « une diarrhée de sons, pour ne pas dire que c’est de la merde » !!!!
    Amazing…

  2. Pierre dit :

    Autant pour moi… il ne s’agit pas du livre de Kyrou mais du « Dictionnaire du Rock » page 2051.

    « Une diarrhée de sons, pour ne pas dire que c’est de la merde. C’est le seul album que j’ai fait ainsi, je n’aime pas jouer les provocateurs » dixit Vangelis.

  3. etiennefroes dit :

    Invisible connections, autre disque de vangelis, est également un cd de musique contemporaine. Il est difficile à trouver.

  4. Veridis dit :

    On retrouve des prémices de Beaubourg sur l’album « heaven and hell » mais aussi sur « Ignacio » et parfois en concert (pour les chanceux possédant des bootlegs de concerts du Magicien Grec). Malgré le mélange de sons on retrouve une étrange cohérence dans ce mélange étrange. Même la pochette sort du lot. Pour les collectionneurs il existe une autre pochette que celle présenté ici (http://vangeliscollector.com/images/beauuklp2.jpg)

    extrait d’une interview (source vangeliscollector.com)
    (Interviewer): What did you have in mind with the album « Beaubourg » (1978)? Without doubt, it is your most experimental record. Was this just a gag – to do music like this once and only once – and are there connections between this unusual record and you changing record companies after the LP?

    Vangelis: No, this isn’t a gag. I do this kind of music a lot when I am in the studio. But you know, it isn’t really the sort of music for the market. Therefore I was very lucky to have this contract with RCA so that they had to publish this music as well as other stuff. But this had nothing to do with the end of my contract with RCA. (click here to read the entire interview)

  5. Maitredelacours dit :

    Personnellement j’ai voulu me renseigner un maximum avant de procéder à l’écoute de cet opus, (ce qui me permettra au passage de vous feliciter pour ce merveilleux site , complet et objectif).

    J’ai acquis la version digipack japonnaise, et que dire, c’est contemporain, atmospherique ( surtout la partie 2 ) mais c’est surtout juste genial!!! Rendez vous compte de la chance que Vangelis a eut d’obtenir la possibilité d’éditer un album de ce genre, d’ailleur ceux qui auront vue Musique au Coeur comprendront facilement l’extreme talent de compositeur de Vangelis.

    Cet album ajoute une pierre fondamentale dans le bloc qu’est sa discographie, allant de la BO bien commerciale (les chariots de feu)aux albums concepts (the City), au classique (MASK)comme au rock progressif(666), du grandiloquent( El Greco) à Beaubourg !

    J’ai notamment apprécié de l’ecouter sur du super materiel hi fi faisant veritablement tourner le son à traver la piece. Et pour ceux qui penseraient que cet album n’est que la resultance d’un gag liberateur de maison de disque, ecoutez le nombre de variations et de mouvements differents, c’est enorme surtout en faisant de l’anti melodique et ce pendant 39 minutes !prouesse signée VANGELIS !

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