Interview de Pierre-Yves Bessuand (compositeur, ingénieur du son)

Pierre-Yves Bessuand

Né en 1973, Pierre-Yves Bessuand, compositeur, arrangeur et ingénieur du son, est également impliqué dans le domaine de l’informatique musicale en tant que formateur auprès des enseignants à propos des applications pédagogiques de la musique assistée par ordinateur. Il est l’auteur de plusieurs livres, écrit régulièrement dans la presse spécialisée, et effectue également des missions en tant que consultant auprès de divers éditeurs de logiciels de musique en Europe et aux Etats-Unis. Rencontre avec un musicien « complet ».  

> Interview :


En Attendant Jarre: Si tu devais te présenter en quelques mots, que dirais tu ?

Pierre-Yves Bessuand : Je pense avoir toujours été un musicien dans l’âme, avant même de comprendre ce que cela signifie. C’est au cours de ma vie que j’ai découvert les différentes manières d’exercer et partager cet art par la composition, l’interprétation, et l’enseignement.

E.A.J. : Écoutes-tu de la musique en dehors de votre travail ? Qu’aimes-tu à part la musique ?

P.-Y.B : Bien sûr. Chez moi ; pour le plaisir, ma culture, ou le travail. Mais j’accorde également une place importante au silence… C’est dans le silence que l’on entend la petite voix de la musique intérieure, que l’on trouve des réponses à nos questions, et encore bien d’autres ressources trop sous-estimées dans le brouhaha dont on s’entoure. Du coup, cela m’arrive souvent de mettre mes écouteurs intra-auriculaires dans les oreilles, sans rien écouter d’autre que le silence ou une musique très zen, afin de me protéger sans m’isoler totalement. 

En dehors de la musique et de diverses distractions, je suis passionné de plongée sous-marine et d’astronomie. C’est un peu l’exploration des deux extrêmes…

 

 


E.A.J. : Quels sont les musiciens qui t’ont donné envie de faire de la musique (compositeurs ou/et interprètes) ?

P.-Y.B : Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai été autant fasciné par les grandes symphonies qu’écoutait mon grand-père, que par les musiques pop rock que j’écoutais en cachette au petit matin sur son poste de radio. Plus qu’un ou des musiciens en particulier, c’est ce que l’on peut transmettre avec la musique qui m’a séduit et donné cette envie tout d’abord d’en jouer. Ensuite, l’irrépressible besoin de créer m’a naturellement dirigé vers la composition. Le déclic déterminant fut sans aucun doute mon premier contact avec les synthétiseurs au début des années 80. Ces armoires mystérieuses pleines de boutons, d’où sortaient des timbres inouïs (au sens étymologique du terme) orchestrés en une musique pleine de poésie, m’ouvraient la possibilité de créer non seulement la musique, mais aussi mes propres sons.

E.A.J. : Qu’est-ce que tu aimes chez Vangelis, que tu cites comme une grande inspiration ?


P.-Y.B :  Sa musicalité. C’est véritablement un homme inspiré et d’une grande maturité émotionnelle. Sa musique a une envergure qui la porte au-delà du simple divertissement.


E.A.J. : Quel est ton album ou morceau préféré de Vangelis ?

P.-Y.B : Cela dépend vraiment des moments. Mais si je devais emporter un seul de ses albums sur cette fameuse île déserte (à force on finira par y être sacrément nombreux), ce serait certainement « l’Apocalypse des animaux« . D’abord pour sa poésie, et ensuite pour tous les souvenirs qu’elle m’évoque. C’est d’ailleurs un des seuls disques que j’ai conservé, ayant tout recopié dans mon disque dur.

E.A.J. : Qu’est-ce qui t’as fait choisir les études d’ingénieur du son à la S.A.E. plutôt que le Conservatoire de Paris ?

Pierre-Yves Bessuand dirigeant un orchestre acoustique.P.-Y.B : Une évidence s’est imposée à moi alors que je venais d’être admissible au CNSM : je veux créer ! C’est en moi, c’est une partie de moi. Et pour cela, un prix de piano ne m’apporterait pas grand-chose de plus. De là, autant connaître les outils et les techniques permettant de mener à bien une production musicale. Une école sérieuse valant mieux ici qu’un parcours autodidacte, j’ai décidé que c’est à la S.A.E que je poursuivrais mes études supérieures.

E.A.J. : Tu es très attiré par l’interaction entre l’image et le son. Y-a-t-il des compositeurs de musiques de films que tu admires ?

P.-Y.B : En dehors de certains noms sur lesquels tout le monde s’accorde, j’admire par exemple la progression d’Alexandre Desplat, et je suis toujours aussi ému par la musique d’Alan Silvestri. Je trouve aussi qu’Elliot Goldenthal a réalisé une magnifique fresque musicale pour Final Fantasy, et n’oublions pas le travail d’Emilie Simon. Je terminerai avec un artiste que j’admire autant par sa personne que par son œuvre. Il s’agit de Peter Gabriel. Une personne qui a déjà beaucoup apporté au patrimoine musical, et dont l’humilité est à la hauteur de son génie, depuis ses débuts avec Genesis jusqu’à son label Real World, en passant par ses musiques de film.

E.A.J. : Comment s’est passé ta première réalisation pour un long-métrage (La fileuse de Chanvre du Segala en 1992) ? Comment se plonge-t-on dans une époque qui n’est pas la sienne (le début du XXème siècle) ?

P.-Y.B : Ce fut à la fois très excitant, et très déconcertant. Par manque de budget, j’ai dû produire les musiques avec des synthétiseurs, ce qui était pour un film retraçant cette époque, tout à fait antinomique ! Alors, plutôt que de tomber dans le piège de la reconstitution de la musique de l’époque, j’ai tenté de proposer un regard contemporain sur cette époque, tout en la respectant en évitant des anachronismes peu opportuns. Le documentaire était en fait une sorte de reportage contenant une intrigue au travers de laquelle on découvrait la vie des gens de cette époque, ce qui rendait le sujet plus intéressant, et permettait une musique plus avenante et moderne.

E.A.J. : As-tu déjà travaillé pour la scène ? En tant qu’ingénieur du son ? Ou en tant que musicien professionnel ou compositeur ? Cela t’a-t-il plu ?

P.-Y.B : Absolument. Avant de me fixer sur la composition, j’ai voulu explorer les métiers de la scène, complément et suite logique du studio. J’ai ainsi effectué pas mal de prestations en tant qu’ingénieur du son pour des concerts, et en tant que musicien classique ou rock pour diverses tournées, principalement en France. Un excellent souvenir est aussi la composition des musiques de la comédie musicale « Tu vois ce qu’on veut dire ? » pour laquelle j’ai débarqué tout mon studio sur scène pour jouer les musiques en live avec les acteurs. Quelques années plus tard, un second projet plus important et produit par la ville de Plaisir a malheureusement été avorté pour des raisons politiques, à la veille des répétitions générales.

E.A.J. : Peux-tu nous dire quelques mots sur Michel Geiss s’il te plaît ? D’abord, comment l’as-tu rencontré ?

Odyssée, le premier album de musique électronique de Pierre-Yves BessuandP.-Y.B : Nous nous sommes rencontrés à la sortie d’un concert de Jean-Michel Jarre à la fin des années 90 par l’intermédiaire d’une amie commune qui bosse dans l’équipe de Jean-Michel. J’étais alors en pleine production de « Odyssée » (1998). Nous avons immédiatement accroché, et après nous être revus il m’a proposé son aide et a effectué le mastering de l’album. C’est quelqu’un d’extrêmement généreux et très fin artistiquement. Ses conseils et son soutien me furent souvent précieux. C’est un peu mon Yoda !

E.A.J. : Tu as déjà publié deux livres chez MusicRun : « Plug-ins vol.1, les instruments virtuels » et « Plug-ins, vol.2, Les effets » As-tu d’autres projets de livres (sur la MAO ou autres) ?

P.-Y.B : Officiellement, pas pour le moment.

E.A.J. : Depuis quand t’intéresses-tu au rapport entre l’ordinateur et la musique ?

euphonix.jpgP.-Y.B : Depuis mon premier ordinateur, qui fut un Atari Falcon avec Notator Logic (l’ancêtre de Logic Pro). J’ai vite évolué vers l’univers Macintosh, découvrant toutes lespossibilités offertes par ces nouvelles technologies, pour peu que l’on sache les utiliser à bon escient. Ce qui m’intéresse dans l’informatique, c’est la possibilité de l’oublier grâce à de bons outils, afin de se consacrer à la musique que l’on compte faire, plutôt qu’à celle que le logiciel voudrait nous amener à faire.

E.A.J. : Quel est le fonctionnement du studio X+1 ? Quel âge a-t-il ? Quel est ton rôle dedans ?

P.-Y.B : Au départ je m’étais constitué un petit home-studio avec quelques synthés pour réaliser mes premières musiques. Et puis, en croisant des musiciens, en discutant avec eux, est née l’idée d’entamer des collaborations. Cela a commencé à la fin de la production de mon premier album. Est alors né ce qu’on appelle un Project Studio, qui a pris le nom de Studio X+I en 2007, année de mon retour dans le domaine de la musique à l’image après de nombreux détours. La raison de ce nom est de marquer sa nouvelle spécialisation dans le domaine, la mention X+I évoquant tout simplement les formats de diffusion audio employés pour le cinéma.

Interview de Pierre-Yves Bessuand (compositeur, ingénieur du son) dans Interviews PYB_Logo_2E.A.J. : Quand tu composes de la musique, as-tu un moment de journée privilégié, un rituel quelconque, ou cela se fait-il naturellement ?

P.-Y.B : On le sait, l’inspiration ne prévient pas quand elle arrive. Il suffit d’être dans les bonnes dispositions. De là, les bonnes – et les mauvaises – idées me viennent à tout moment de la journée, où que je sois. J’ai toujours mon iPhone pour les capter et en effectuer une première retranscription. Mais en général je suis plutôt du soir, voire de la nuit, quand tout est calme au dehors et au dedans.

E.A.J. : Sur quel projet travailles-tu en ce moment ?

P.-Y.B : Il y a un projet qui me tient à cœur, et pour lequel j’attendais d’avoir l’esprit un peu plus libre pour pouvoir m’y consacrer sereinement. Il s’agit de mon second album de musique électronique qui sera en quelque sorte la suite de « Odyssée ». Il bénéficiera de ce que j’ai appris et vécu entre-temps, et bien entendu des avancées technologiques dont bénéficie aujourd’hui le studio. Ce sera également un album concept, mais cette fois-ci, sa part conceptuelle sera plus évidente, et plus aboutie. Au-delà de la musique, il y aura véritablement une histoire, et un message à décrypter.

E.A.J. : Quel est ton dernier coup de cœur musical en date ?

P.-Y.B : Ça évolue sans cesse ! En ce moment, la découverte du « Perséphone » de Stravinski. Extraordinaire.

Interview réalisée par Jean-Baptiste H., le 13 août 2009.> Voir aussi : Le site officiel de Pierre-Yves Bessuand / Sa page Myspace 

À propos de Jean-Baptiste

Né en 1977. je ne vis pas de l'écriture, je ne vis pas pour la musique, mais je suis en quelque sorte à mi-chemin des deux. Peut être. ou pas.

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