David Bowie – Low (1977)

Pochette de Low de David BowiePremier article de la Trilogie Berlinoise. Quand Bowie quitte Los Angeles et les plateaux de cinéma pour retrouver les vrais gens et se mettre au pied au mur (de Berlin) de la réalité, c’est un peu l’europe du rock’n’roll qui tient sa revanche. Nous sommes en effet en pleine vague punk en Angleterre, et Alice Cooper et autre rockeur sans sensibilité dans son genre fait de l’ombre au Thin White Duke Outre-Atlantique. Même si la drogue (notamment la cocaïne) est toujours une tentation pour le natif de Brixton à Berlin-Ouest, il y croit trouvé un oasis de sérénité. Une fois terminé de camper l’E.T. dans L’homme qui venait d’ailleurs, un certain nombre de musiques non retenues pour la bande-originale du film vont servir de base pour cet album. C’est d’ailleurs une photographie issue du tournage (comme l’album précédent, Station to Station) qui sert pour orner l’album.

Low est le premier album de ce qu’on a appelé par convention la trilogie berlinoise, avec Iggy Pop dans les valises et sous intense infusion de Can et de Kraftwerk. Et pourtant, une grande partie de l’album a été enregistré sur le chemin, dans les studios d’Hérouville en France. Bowie a cosigné la production de Low avec Tony Visconti. Le titre de l’album semblerait correspondre aux descentes dû à la cocaïne du chanteur trentenaire.

 


> Les chansons


À part le tube Sound and Vision, cet album à l’époque a plus dérouté que fascine.  Le deuxième single, Be my wife, moins innovant et moins planant, eut nettement moins de postérité. Pour Low, Bowie a construit les paroles de sa musique sur le mode du copier-coller, à partir de fragments, un peu comme les cadavres exquis des poètes surréalistes. D’ailleurs la voix de Bowie est elle-même souvent démultipliée en strates se chevauchant. De ce maelström ressort un discours assez incohérent à propos de l’absurdité de la condition humaine et l’enfermement (explicite dans les paroles de Sound and Vision). La présence immédiate du mur de Berlin à coté du studio Hansa Tonstudio où Bowie travaillait a aussi donné à l’album un caractère politique. 

La particularité de Low est de présenter sur face A d’un morceau d’intro, plus 6 chansons particulièrement courtes et non-conventionnelles de rythm’n’blues (qu’on nommera art-rock), et sur la face B, d’une série de 4 instrumentaux qui reflètent l’influence de Brian Eno et l’attitude ludique de ce dernier vis-à-vis de la composition. Les consignes données aux musiciens avant de jouer leurs parties tiennent souvent du jeu de rôle, comme de s’imaginer dans telle ou telle situation. Il utilise massivement des synthétiseurs (ARP, Minimoog) et pédales d’effets. Le bruit sourd de la batterie caractéristique de Low, traité par l’Enventide Harmonizer, a étonné à l’époque et a influencé la scène rock et inspiré le « metal » ultérieurement. C’est une trouvaille de Visconti qui fait date.

Le titre d’ouverture Speed of life, initialement conçu avec des paroles, a été laissé au stade d’instrumental. La mélodie y alterne entre guitare lead et synthétiseurs.Certains effets comme les blips de « What on the World » été complètement étrangers à Bowie avant qu’il n’adhère aux disques de Kraftwerk. Ce titre déjanté est chanté à deux voix avec Iggy Pop.
A new career in a new town, deuxième instrumental de la face A,  voit les synthétiseurs et le piano d’Eno se confronter à l’harmonica de Bowie.

 


> Les instrumentaux de monsieur Eno 

 


 

Bowie a cherché à retranscrire sa vision de Varsovie, ville martyre de la Seconde Guerre Mondiale en musique. Ce titre majestueux et le plus long de l’album a servi en deux occasions à l’avant-concert de Bowie. Pour le titre Warsawa, Eno poussa le minimalisme de la mélodie jusqu’à se demander si un enfant de quatre ans était capable de la jouer. Le fils de Tony Visconti valida cette condition (d’ailleurs la femme de Visconti fut aussi convoquée sur Sound and vision). Quand Bowie découvre le titre de retour de voyage, il y posa juste sa voix capiteuse pour en parfaire l’atmosphère singulière.  A noter que le titre Warsawa a généré le premier nom de scène de Joy Division, Warsaw.

La fin de l’album est marqué par deux morceaux aux phrases mélodiques très elliptique. Le premier d’entre eux est Art Decade. C’est une pièce de musique dont le nom se rapporte à une des rues de Berlin-Ouest. Le titre Weeping Wall a été entièrement interprété par Bowie lui-même, sur la base d’un air traditionnel, Scarborough Fair. Sans doute subjugué par les expérimentations d’admirateurs très assidus, le compositeur Philip Glass a travaillé avec Eno et Bowie des années plus tard sur un album hommage intitulé Low Symphony.

Certes, Low a failli ne jamais sortir tant il a déplu à la maison RCA. Mais le disque est finalement sorti début 1977, et a atteint à la surprise générale la deuxième place des charts en Angleterre et la onzième aux États-Unis. Une version bonus avec trois bonus et un remix de Sound and vision est sorti en 1991, et une version remastérisée en 1999 chez EMI.  En 2004, le magazine américain Pitchfork classa Low comme meilleur album des années 70. Rien de moins.

 

 


> Track-listing 

 


 

  1. Speed of Life – 2:46
  2. Breaking Glass – 1:52
  3. What in the World – 2:23
  4. Sound and Vision – 3:05
  5. Always Crashing in the Same Car – 3:33
  6. Be My Wife – 2:58
  7. A New Career in a New Town – 2:53
  8. Warszawa – 6:23
    Image de prévisualisation YouTube
  9. Art Decade – 3:46
  10. Weeping Wall – 3:28
  11. Subterraneans – 5:39
 


Un commentaire

  1. Didier Eggerickx dit :

    Une Oeuvre, rien de moins… Comme il en existe d’autres, sans doute… Mais Bowie, c’est une oeuvre à lui tout seul… Pourtant grand fan de Rock Progressif (Genesis First Era, of course!!!, Yes, ELP…), Bowie est vraiment le premier dont la disparition me fait réellement mal, et sera, sans doute, le seul… Pourquoi, je n’en sais rien…Un Maître, une Intelligence, une Aura… autant qu’un Musicien.

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