JMJ sur France Info

Jean Michel Jarre était l’invité de Philippe Vandel sur France Info. Voici les moments importants de son intervention. Source

Philippe Vandel : Jean Michel Jarre, bonjour.

Jean Michel Jarre : Bonjour.

Philippe Vandel : Vous êtes musicien, compositeur, vous êtes peut-être le musicien français le plus connu dans le monde. Avec plus de 60 millions d’albums vendus, un méga-tube planétaire, Oxygène, des concerts géants partout sur la planète : Paris, Pékin, Houston, Londres, les Pyramides en Égypte, Moscou, et j’en oublie et là, vous annoncez une tournée française à partir du mois de mars mais les places sont déjà en vente. On vous verra, on vous entendra à Bordeaux, Nantes, Marseille, Nice, Paris, Lyon, Strasbourg, je précise, parce qu’habituellement, on vous connaît avec des concerts gratuits.

Jean Michel Jarre : Oui.

Philippe Vandel : Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Jean Michel Jarre : Oui, enfin, concert gratuit ou payant, mais plutôt en extérieur.

Philippe Vandel : Non, mais les 100.000 personnes de la Place de la Concorde, ils ont pas payés leurs places ? Ca aurait été trop beau pour vous ?

Jean Michel Jarre : Non, mais aux Docklands, oui, par exemple, à Londres.

Philippe Vandel : Ah bon ?

Jean Michel Jarre : Ils ont payé leurs places à l’extérieur.

Philippe Vandel : Combien de places ?

Jean Michel Jarre : 400.000.

Philippe Vandel : 400.000 places payantes ?

Jean Michel Jarre : Deux fois 200.000. C’est un record.

Philippe Vandel : Je pose une question vulgaire… Qu’est-ce que vous avez fait de l’argent ? 400,000 places payantes, quand même, ça fait rêver tut le monde.

Jean Michel Jarre : Le promoteur est parti avec la caisse. A cette époque là, donc.

Philippe Vandel : C’est pas vrai ?… C’est vrai ?

Jean Michel Jarre : Mais oui. Ça a battu les records… le record d’affluence, et en même temps, le record…

Philippe Vandel : Le record d’arnaque !

Jean Michel Jarre : …le record d’arnaque, en même temps.

Philippe Vandel : Les places étaient à combien ?

Jean Michel Jarre : Elles étaient à 15 livres, je crois. 12-15 livres…

Philippe Vandel : C’est à dire, dix euros. Donc le mec est parti avec quatre millions d’euros.

Jean Michel Jarre : Oui, c’est ça, voilà. Et on le cherche encore. C’est drôle parce que… J’écrirai un livre, un jour, parce que c’est une longue saga cette histoire des Docklands.

Philippe Vandel : Vous êtes mentionné trois fois au Guiness Book des records, Jean Michel Jarre… A quel titre ?

Jean Michel Jarre : Alors, il y a le record d’audience à Houston, pour un million et demi de personnes à Houston. Pour le concert de Moscou, où il y a eu trois millions et demi de personnes, et pour le disque que j’ai fait qui a été vendu à un seul exemplaire, aux enchères… J’ai fait un album qui a été vendu aux enchères à un seul exemplaire, au début du CD, pour protester contre l’industrialisation à outrance du CD et le fait que les CD soient vendus comme des pots de yaourt dans les supermarchés et c’est un petit peu prémonitoire, car on a vu ce qu’il s’est passé plusieurs années après et c’était effectivement pas bon signe.

Philippe Vandel : Vous dites, à propos de technologie, justement, que le CD est dépassé, que ça vaut en gros le VHS.

Jean Michel Jarre : Dès le départ, c’est pas que le CD a été dépassé, c’est qu’il a été dépassé au moment même où il a été lancé. Il était bien moins bon que le vinyle, et en fait…

Philippe Vandel : Ah ! C’était vachement mieux le CD : Ça grattait pas, on pouvait prêter les disques, on pouvait mettre de la confiture, on pouvait nettoyer dessus…

Jean Michel Jarre : Oui, mas c’est la différence entre une femme maquillée et une femme coupée en morceaux. Le vinyle, c’est une femme maquillée, le CD, on coupait en grosses tranches le son.

Philippe Vandel : On l’appelle l’échantillonnage.

Jean Michel Jarre : L’échantillonnage, c’est un échantillonnage grossier. Et je pense que le CD est un des responsables de la crise de l’industrie de la musique parce que je pense que ça a, de manière assez insidieuse, éloigné émotionnellement les gens du support de la musique. Pas de la musique. Mais de la manière dont on écoute la musique. Et d’ailleurs, on fait beaucoup moins attention aujourd’hui à la manière dont on écouter la musique : on l’écoute sur des téléphones portables, sur des hauts parleurs en plastique de chaque côté de son laptop. Finalement, le rapport émotionnel qu’on a avec la diffusion et le support de la musique s’est considérablement amoindri. Et je pense que le CD est très responsable de ça.

Philippe Vandel : Quand vous pensez aux maisons de disques, et que vous pensez au téléchargement, vous vous dites… vous pleurez avec eux ou vous vous dites : c’est bien fait pour eux, ils auraient dû sentir le coup venir ?

Jean Michel Jarre : Ni l’un, ni l’autre. Je pense qu’au départ, ils auraient du évidemment sentir le coup venir et avoir… Finalement, quand on voit que les maisons de disques, les gens de la musique, ce sont ceux qui ont inventés les radios pirates, et que vingt ans après, ils veulent mettre les pirates en prison, on s’aperçoit bien qu’il y a un truc qui ne va plus. Et je pense que dès le départ du téléchargement, ils auraient dû balancer des virus dans tous les disques durs, du style « Smiley » ou « We love you », et immédiatement, les ados auraient dit « On ne touche pas aux gens de la musique, parce qu’ils font partie de notre famille ». Et ils ont fait l’erreur de se dire : « Maintenant, nous sommes établis, et on va maintenant pourchasser les ados qui téléchargent ». Je pense que c’est ça qui a ringardisé un petit peu le monde de l’industrie de la musique.

Philippe Vandel : Vous avez dit quelque chose qui m’a assez frappé, vos avez dit : « c’est plus humble de faire des concerts géants que de monter tout seul sur scène avec sa guitare.

Jean Michel Jarre : Ben, c’est vrai. Parce que quand on est à l’extérieur, dans les concerts que je fais à l’extérieur, on fait partie d’une scénographie et d’un ensemble de choses. Et c’est vrai que de venir deux heures avec sa guitare devant 2 ou 3.000 personnes et de se dire que les gens se focalisent sur vous pendant deux-trois heures, est un acte finalement assez mégalo.

Philippe Vandel : Question de béotien, vous jouez « en vrai », ou est-ce que c’est des machines, on appuie sur « Play », et tout peut tourner sans vous.

Jean Michel Jarre : Alors, justement, je suis content que vous me posiez cette question, parce qu’effectivement, à l’ère de la technologie où en fait de plus en plus de concerts sont des concerts qui sont pré-mixés, pré-enregistrés, pour des raisons qui sont des rasions qui sont des raisons qui sont des raisons techniques souvent, ou on a envie que toutes les choses soient lisses, qu’il n’y ai pas d’accident, etc. Tout ce que je fais là est totalement live et en direct, avec les accidents que ça suppose, ou que ça peut produire. Et on est quatre sur scène, avec à peu près soixante, soixante-dix claviers. J’ai eu notamment un accident où j’ai eu deux Moogs qui sont partis en vrille. Et en fait, ça m’a pris deux-trois minutes pour me retrouver en selle. Et en fait, les gens l’ont senti et ont encouragé, ils ont commencé à applaudir, etc.

Philippe Vandel : Je vais dire un mot, juste un mot, les Moog c’est des vieux synthés, des années 70, qui parfois, paraît-il, se désaccordent, ou se mettent comme s’ils buggaient, ils se mettent à faire n’importe quoi.

Jean Michel Jarre : Voilà, c’est ça. Et en fait, ces risques-là, dans une époque où on a tellement peur des accidents, où tout est tellement formaté, on est dans une société tellement lisse, que ce genre d’accident qui sont, comme nous le savons, liés à n’importe quel processus créatif, finalement, créé une complicité avec les gens et évidemment, qu’il faut que ce soit en direct, le spectacle vivant, surtout à partir du moment où il y a de moins en moins de musique enregistrée qui existe. Si on vient sur scène, il faut justement que d’un concert à l’autre les choses soient différentes, etc. C’est ce que je fais avec cette tournée, où en fait, les concerts, d’une soirée à une autre seront différentes avec des track-listings différents, enfin…

Philippe Vandel : Pas les mêmes morceaux…. Vous avez été aussi auteur pour Christophe, pour Patrick Juvet. C’est vous, Jean Michel Jarre qui avait fait les paroles de « Mots Bleus »… et de « Où sont les femmes ? »

Jean Michel Jarre : L’hymne de la Gay Pride. Que je revendique beaucoup.

Philippe Vandel : Et vous touchez encore les droits, quand même ?

Jean Michel Jarre : Bien entendu !

Philippe Vandel : C’est extraordinaire. C’est des…

Jean Michel Jarre : Si vous voulez, on est rentré dans un système où tout le monde pense que la musique doit être gratuite. Faut quand même bien qu’on arrive à retrouver un minimum de droits à un moment donné, quoi.

À propos de Jean-Baptiste

Né en 1977. je ne vis pas de l'écriture, je ne vis pas pour la musique, mais je suis en quelque sorte à mi-chemin des deux. Peut être. ou pas.

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