Tangerine Dream – Livemiles (1988)

livemiles.jpg..::Critique rédigée par Frank Boisgontier::.. Cet album est historique : c’est le dernier sur lequel apparaît Chris Franke, membre du groupe depuis 1971 et l’album « Alpha Centauri ». En effet, c’est épuisé par le rythme infernal des enregistrements (albums studio, live, et les nombreuses bandes originales de film) imposé par Edgar Froese, et sans doute lassé de voir la machine Tangerine Dream tourner en rond, que Franke décide de se lancer en solo. Edgar Froese verra dans se départ une véritable trahison qu’il n’a pas encore pardonné à son ex-complice. Franke partira s’installer à Los Angeles et travaillera essentiellement pour Hollywood (notamment la musique de la série « Babylon V » pour laquelle il a eu, me semble-t-il, un prix). Mais ceci est une autre histoire.

Sur la forme, on pourrait dire que Tangerine Dream revient une vieille formule : « Livemiles » se compose de deux pistes seulement de presque trente minutes chacune. La première partie est censée avoir été enregistrée à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, et la seconde à Berlin. Je dis bien « est censée », car il existe une polémique à propos de ce disque qui ne serait en fait pas du tout un enregistrement en concert, mais un réenregistrement en studio (comme le fit Jarre pour certaines parties des «Concerts en Chine»). Ceci se base sur des témoignages de spectateurs ayant assisté à ces concerts et qui ont rapporté que les morceaux joués alors n’avaient pas grand-chose à voir avec ce qui est proposé sur le disque…

En écoutant ce disque, on peut effectivement douter du réel caractère « live » de l’enregistrement. Hormis quelques bruits de spectateurs, un speaker néo-mexicain annonçant le groupe, rien ne semble indiquer d’une foule de fans assiste à l’enregistrement. On est loin de l’ambiance surchauffée qu’on entend sur le live « Encore » de 1977. Les mauvaises langues diront que les spectateurs qui ont assisté aux concerts d’Albuquerque et Berlin se sont peut être endormis.



> Des hommes et des machines


Car loin de ces polémiques, la musique de ce « Livemiles » est elle bonne ? Avant toute chose, un point technique : l’enregistrement est excellent, avec une touche « humaine », une profondeur qu’on n’avait un peu perdu et qu’on perdra complètement à partir de « Optical Race ». Autre point technique : Tangerine Dream n’a guère renouvelé son matériel depuis « Le Parc », « Tyger » et « Underwater Sunlight ». En scrutant la pochette (version 1988, car la pochette des dernières éditions a changée) et la photo de la scène, on constate que le set up comporte son lot de modulaire PPG, son Emulator 2, du DX7, du Roland JX et des boites à rythmes Yamaha (série RX), plus un piano CP70 Yamaha. On voit aussi nettement l’écran d’un Atari ST sur lequel doit tourner un Pro24 ou un Notator de l’époque.Car c’est indéniable, l’ordinateur joue dans la musique de ce disque une part prépondérante. La « partie 1 » commence en douceur, avec des cordes mêlées d’un léger clavecin. Intervient alors une basse DX7 bien cinglante qui annonce le démarrage des séquences. Et franchement, c’est très, très bien fait. Les mélodies s’enchainent, se superposent, se répondent dans un timing imparable. Moments calmes et parties accélérées se succèdent durant 29 minutes et 52 secondes.

Tangerine Dream a toujours utilisé les séquenceurs sur scène, ça n’est pas un problème : disons que sur « Livemiles », la musique donne l’impression de n’être jouée quasiment que par des machines. Mais même si effectivement l’ensemble sonne très mécanique, très propre, c’est un vrai plaisir à écouter, car les thèmes et les sons sont très variés.

La seconde partie repose sur les mêmes schémas et les mêmes sons. Et là aussi, c’est très plaisant à écouter, avec des passages qui sont clairement des réminiscences de morceaux comme « Dolphin Dance ».

Au final, un bon disque, une bonne synthèse du style Tangerine Dream de cette décennie, mais qui a, avec le recul, un sérieux gout de chant du cygne…


> Track-listing 

  1. Livemiles, Part One (« Concert à Albuquerque ») (29:52)
    Image de prévisualisation YouTube
  2. Livemiles, Part Two (« Concert à Berlin Ouest ») (27:13)
 


9 commentaires

  1. fabrice baudinot dit :

    Bon au risque d’en faire hurler quelques uns,j’aime beaucoup ce CD pour la variation des thèmes,des ambiances et on l’on retrouve pour une dernière fois quelques séquences Frankiennes.
    Par contre je ne vois pas pourquoi Froese à pris Franke pour un traite….il est libre quand même et franchement il à eu raison tant ses premières réalisations solo comme Pacific…,Klémania ou encore le fantastique Live sont une réussite parfaite….quand à Babylon,la je crie haut et fort que c’est un pur chef-d’oeuvre.

  2. Yanick dit :

    Je n’ai pas accroché au début à cet album. Cependant, il fait partie de mon top 10 des albums de TD que j’ai écouté le plus souvent au fil des dernières années et encore récemment.

    Mes incontournables du Dream au fil des 23 dernières années d’écoute sont: Poland, Logos, Pergammon, Livemiles, Encore Live, Ricochet, Stratosfear, Hyperborea, Tangram et Underwater Sunlight*. Lineup préféré: Froese, Franke, Schmoelling.

    *Pour ma part, pas vraiment d’albums « incontournables » du Dream après 1987.*

  3. fabrice.baudinot dit :

    Je serais curieux de savoir si ces concerts sont sortis en ‘pirates’? si oui sous quel titre et surtout à quoi ressemble ces concerts alors.

    Merci de vos réponses les amis.

  4. Yanick dit :

    Bonjour Fabrice,

    Les deux albums bootlegs (pirates) qui me reviennent en tête en référence à « Livemiles » sont « Antarkis » et « 20th Century Serenade » mais il en existe sûrement d’autres !
    http://www.voices-in-the-net.de/antarkti.htm
    http://www.voices-in-the-net.de/twentiet.htm

  5. fabrice baudinot dit :

    Merci beaucoup Yanick.

    J’ai les 2 CD et effectivement cela n’à rien à voir mais alors rien du tout !!!

  6. etiennefroes dit :

    Aucun des disques en public de tangerine dream ne correspond à ce que les spectateurs on entendu, ils on tous été retravaillés. Pourquoi ? Peut être par esprit perfectionniste ?

  7. Pierre dit :

    Ce n’est pas tout à fait exact…
    Les concerts parus sur le label Bootmoon, à savoir Brighton 86, Cleveland 86 et Ottawa 86 n’ont pas été retravaillés dans leur matière musicale,simplement égalisés au mastering(les 2 premiers étant des enregistrements pro et le dernier un bootleg au son abominable).
    Par conséquent ce qu’on y entend est très proche de ce qui a été entendu par les gens ces soirs-là.

    La tracklist du Tour 86 n’ayant presque pas changé d’un concert à l’autre,je ne vois pas pourquoi il y aurait eu ces 29 minutes absolument inédites, uniquement à Albuquerque.

    Quant au concert de Berlin, la seule similitude avec l’enregistrement diffusé en radio est toute l’intro qu’on appelle « Caspian Sea »… de toute évidence le reste est du 100% studio( assez réussi d’ailleurs).

    Quant un disque « live » contient aussi peu de matériel effectivement enregistré en concert,le terme « retravaillé en studio » parait un peu usurpé !

  8. etiennefroes dit :

    Je pensais aux bandes sons qui ont été enregistré avec l’idée d’en faire des disques en concert et pas aux enregistrements que l’on a exhumé à la demande de maison disque pour en faire des cd « tardifs »

  9. etiennefroes dit :

    L’histoire dit qu’ l’instar de Johannes Schmoelling, Christoph Franke a considéré que la production de tzngerine dream était qu’elle lui « bouffait » sa vie personnelle. Il a voulu faire une pause et devait revenir.
    Il a du se trouver si bien hors du rythme de productions de TD, qu’il n’a plus voulu revenir. C’est en sens qu’Edgar Frose s’est senti trahi.

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