The Residents – « Eskimo » (1979)

The Residents - Eskimo..::Article rédigé par Frank Boisgontier::.. Il n’y a pas, dans l’histoire du rock, de groupe plus énigmatique que The Residents.

Pour commencer, on ne sait pas exactement quand et où ils se sont formés. Sans doute dans les années 60, probablement en Louisiane. Qui compose le groupe ? Personne n’en sait rien. Les seuls noms dont on dispose sont ceux d’un certain « FingerSnake » (qui s’appellerait Phil Litman) et d’un N. Senada dont l’existence même n’est pas sûre. Et ne comptez pas sur les photos du groupe ou leurs prestations scéniques pour en savoir plus : ils n’apparaissent que masqués et ont opté depuis trente ans, pour un costume scénique unique : costume noir en queue de pie, haut de forme, et tête entièrement cachée dans un globe oculaire. Côté mystère, des groupes comme Space et Daft Punk peuvent donc aller se rhabiller…

Quand le groupe envoie ses premières bandes enregistrées au début des années soixante dix à la Warner, la firme les refuse poliment, puis se rend compte que l’expéditeur n’a pas donné de nom, ce qui les oblige à retourner les bandes « aux résidents » de l’adresse fournie… Le nom du groupe vient de là.

The Residents ont été parmi les premiers à faire des clips (ce qui leur valut d’être aussi parmi les premiers artistes à être diffusés sur MTV) et à publier des CR-ROM musicaux. La musique elle-même est à l’image du reste : hors-norme, avant-gardiste, expérimentale, osée, provocatrice (l’un de leurs premiers albums s’appelait « Third Reich Rock’n roll » et affichait des croix gammées sur la pochette), novatrice, jamais évidente mais néanmoins toujours audible. Citons « The Commercial Album », fait de 40 morceaux d’1 minute chacun, comme autant de spots publicitaires imaginaires, « Cube E », une rétrospective de l’histoire de la musique américaine, ou « Eskimo » qui fait l’objet du présent focus.


> Album polaire 


Sorti en 1979, l’album « Eskimo » est présenté comme un hommage à la culture Inuit. Il se compose essentiellement de sons électroniques, de percussions, de parties chantées (plutôt scandées) censées être en Inuit, et de sonorités étranges aux résonances ethniques.

Le fil conducteur de l’album est un son de vent généré électroniquement (comme sur « Oxygène IV ») qui entoure, enveloppe l’ensemble des morceaux et assure les transitions entre eux. Les mélodies, en retrait par rapport aux « chants », sont lancinantes, essentiellement faites au synthétiseur ; celle de « Birth » n’est d’ailleurs pas sans rappeler le style du Tangerine Dream de la même époque. Les sons les plus étonnants parsèment cet album unique en son genre, de la corne de brume évoquant le cri du phoque agonisant sur « The Walrus Hunt », aux inquiétants borborygmes de « Arctic Hysteria », en passant par les cris de bébé d’un « Birth » étonnamment poignant, ou les grincements et pulsions électroniques effrayantes de « The Angry Angakok ». Si la comparaison avec « Zoolook » est tentante, car l’ensemble (climat, bribes de sons vocaux) fait parfois fortement penser à la première partie de « Diva », le rapprochement entre ces deux œuvres s’arrête là : là où l’album de Jarre se veut plus universaliste avec des accents résolument « break dance », celui des Residents a un côté plus contemplatif. Qui plus est, « Eskimo » est un album dans lequel il ne faut chercher aucune signification particulière. Certains aiment à le présenter comme une critique de la récupération des musiques ethniques par la variété et le rock, ou comme une satire de la société de consommation (les chants supposés inuit de The Festival of Death seraient en fait des slogans publicitaires notamment pour Coca-Cola). J’y vois d’abord et surtout une expérience intemporelle (l’enregistrement a plus de trente ans, mais il est d’une fraicheur intacte), un voyage musical hors du commun, qui prend aux tripes, et à côté duquel il serait vraiment regrettable de passer.


> Tracklist


  1. The Walrus Hunt – 4:01
  2. Birth – 4:33
  3. Arctic Hysteria – 5:57
  4. The Angry Angakok – 5:20
  5. A Spirit Steals a Child – 8:44
  6. The Festival of Death – 10:26
 


6 commentaires

  1. veridis dit :

    Le groupe qui a découvert et fait connaitre « Yello ». Sympa d’en apprendre un peu plus sur ce groupe très étrange dont les prestations scéniques sont vraiment hors normes (jetez un coup d’oeil sur youtube)…

  2. jerome dit :

    Merci Frank de nous faire decouvrir cet autre groupe de musiciens electroniques masques. Pourquoi ce phenomene d’ailleurs ?

  3. Frank Boisgontier dit :

    @Jerome. Merci du compliment. Je pense que si certains musiciens se cachent derrière des masques, des déguisements, c’est juste pour qu’on ne se focalise que sur leur musique et pas sur la personnalité des musiciens. C’est une sorte de réaction à la « peopelisation » du monde du spectacle en particulier et du monde du spectacle dans son ensemble. A l’époque où les Residents se sont formés, Internet ne’était utilisé que dans quelques laobratoires, universités et bases militaires américaines, mais il existait des revues genre « Smash hits » qui déjà s’intéressaient plus à la vie privée des artistes (au sens large) qu’à leur production. Certains ont suivi la voie des Residents (outre Daft Punk ou Space précités, on pourrait ajouter Slipknot ou le récent Cascadeur) mais aucun n’est allé aussi loin que les Residents, puisqu’on ne connait toujours pas (et qu’on ne connaitre sans doute jamais) ne serait-ce que les membres du groupe. Ils ont posusé les concept d’anonymisation dans ses derniers retranchements, en réaction à ce qui était déjà une mode dans le monde de la musique (en particulier) et qui est devenu l’unique moyen de se faire remarquer de certains (Spears, Gaga et autres Jackson). Ceci dit, les Residents ont eu beaucoup, beaucoup moins de succès que les susnommés artistes. Leur anonymat aurait il survécu s’ils avaient publié un album de la trempe de « Thriller » ?

  4. cartoonsonore dit :

    Merci Frank d’avoir introduit les Residents en ces lieux. Je suis en train de passer leurs albums en revue sur mon blog. D’autres chroniques en perspective?

  5. jerome dit :

    Il y a aussi Bloody Beetroots, Moog Cookbook, Cyberpunks, Toxic Advenger, Danger, Crystal Castles, Deadmau, etc.
    Un vrai phénomène !
    Pour prendre le contre-pied du but recherché, est-ce qu’en se masquant, ils ne font pas finalement plus parler de leur (possible) identité que de leur musique ?

  6. Frank Boisgontier dit :

    @cartoonsonore : sur The Residents, sans doute l’album « Bunny Boy » et « The Commercial album » qui sont aussi inévitables que « Eskimo »

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