Le Voyage sur la lune – Air (B.O. de film, 2012)

Le Voyage sur la lune - Air (B.O. de film, 2012) dans Air image1:: Article rédigé par jeanbatman :: « Le voyage dans la lune » (A trip to the Moon) est le septième album de Air et sa deuxième bande-originale après celle de Virgin Suicides (plus une incursion sur celle de Marie-Antoinette) de Sofia Coppola. Il est sorti le 6 février 2012. Une version collector qui comprend le DVD avec le film plus la musique de Air a été commercialisée.
À la sortie de Love 2, en 2009, j’avais été déçu par le duo, qui semblait en fin de cycle créatif, et cette opportunité de s’approprier une part du patrimoine du cinéma français d’effets spéciaux, même s’il ne débouche « que » sur un album de trente minutes, mérite d’être explorée.
Mais d’abord il nous faut parler un peu du film qui reste dans l’inconscient collectif par le biais de l’image qui orne la pochette. Il s’agit des aventures du fantasque professeur Barbenfouillis qui embarque ses amis du club d’astronomie dans une capsule qui va être projetée sur la lune et revenir sur terre avec un extraterrestre accroché au fuselage. Quasiment cent ans après le film de Georges Méliès « Le voyage sur la lune », une version colorisée et restaurée de cette pépite de science-fiction des débuts du cinéma a été réalisée, sur la base d’une version colorisée de la main de Méliès. Le résultat de la restauration, qui dura plus d’1 an et coûta 400.000 euros a été présenté au Festival de Cannes, en 2011, avec la musique de Air.

> Mettre de la couleur dans le son


Le film complet dure quinze minutes, mais Air a profité des versions longues des morceaux choisis pour illustrer le film ainsi que de sessions d’enregistrement non retenues pour prolonger le voyage jusqu’à près de 32 minutes. C’est ainsi que certains morceaux s’apparentent davantage à des interludes ou à des transitions entre deux morceaux.
Nicolas Godin apporte un éclairage intéressant à ce sujet:
« Dans un film muet, il n’y a pas de thème, la musique sert de dialogue. Il faut donc du neuf à chaque scène, sinon c’est comme si quelqu’un répétait sans arrêt les mêmes phrasesSur Le Voyage dans la lune, il n’y avait pas ce problème puisque le film était déjà monté. On a voulu et pu être totalement synchronisés avec le montage, à la micro-seconde près. Mais pour ne pas tomber non plus dans le surlignage indigeste, il a fallu doser subtilement. »
Jean-Benoît Dunckel complète le propos :
« Notre rôle est similaire à celui de Madame Thuillier qui a colorisé le film de Méliès, ou à celui des musiciens qui jouaient au théâtre durant les représentations: il s’agit de prolonger l’expérience du film en stimulant le cerveau du spectateur”.
Pour décrire l’effet que leur a fait le travail à partir des images du film, Jean-Benoît et Nicolas on dit que c’était comme si les couleurs amenait le cinéma de Méliès dans l’univers de Sergent Pepper, ce qui a influencé l’album notamment au niveau des percussions et de la batterie, qui sont toutes jouées à la main.
Le processus de création est ainsi décrit par Jean-Benoît Dunckel :
« Nous regardions constamment le film et cherchions quelque chose qui pourrait « coller ». C’était une bataille constante pour essayer de trouver des choses le plus vite possible et d’essayer de synchroniser la musique. Une fois que nus avions les scènes pricnipales nous avons pu commencer et les rendre pus consistantes, plus intéressantes et ajouter des mélodies et des musiciens supplémentaires. »
Victoria Legrand, la nièce de Michel Legrand et membre du duo Beach House (sur le single « Seven Stars ») et les new-yorkaises d’Au Revoir Simone (sur « Who am I know? ») apportent une touche « sexy girls » à l’ensemble.
Rompant avec ne production très minutieuse des derniers albums, Air et l’ingénieur du son Louis Arlette ont délibérément choisis un rendu moins polissé sans être moins synthétique et moins technologique (avec utilisation de Reaktor et d’applis iPad). Nicolas Godin a ainsi passé autant de temps à la basse et à la guitare planante que pour remplacer certaines parties basses par le martèlement du timpani (large tambour avec un fût en cuivre), ce qui donne un son très large, et un ton martial qui renvoit au ridicule des savants présents dans le film. De ce point de vue, on est tout de suite dans le ton avec le morceau d’ouverture, Astronomic Club, qui, avec ses pêches d’orchestres, pourrait réveiller un mort (Méliès en l’occurence).

> Pink Floyd à fond dans le QG de la NASA


image2 2012 dans CD / Air
« Join us with no fear on our fantastic trip to the moon. » (rejoignez-nous sans crainte dans notre voyage fantastique vers la lune). La fin du morceau « Cosmic Trip » pourrait à lui seul résumer le propos musical du groupe. Les deux versaillais n’ont pas hésité à nous embarquer très loin dans le trip hypnotique que pourrait ressentir les explorateurs lunaires à la vue de créatures lunaires très antropomorphiques.
Il faut dire que la scène de la rencontre extra-terrestre est la plus propice à un délire musical et qu’il est très réussi dans le montage final.
L’organisation de l’album diffère sensiblement de l’ordre chronologique du film, et ainsi on a la surprise de trouver le Retour sur terre (simple intro au piano) précéder le décollage. Des voix-off commentent les différentes étapes du voyage, ce qui donne l’impression de transformer le QG de la NASA en club où l’on jouerait « Echoes » de Pink Floyd à fond.
Les nappes de synthés caractéristiques de Moon Safari (les fameuses cordes Solina) sont toujours bien présentes, même si la part de guitare électrique ici et là apporte une touche de rugosité.
La nouvelle production des studios Atlas alterne entre le psychédélique le plus débridé tendance Krautrock (exacerbé sur l’excellent Cosmic Trip), des morceaux calmes aux mélodies cristallines avec piano plaqué/effets flanger (Moon Fever/Décollage) et les plages beaucoup plus anecdotiques, comme la comptine Who am I now?, qui est le plus gros retard à l’allumage du space trip.
Il y a une belle exploitation de synthés vintage comme le Mellotron (Parade) qui forme des choeurs artificiels, et d’autres trouvailles comme le Wurlitzer et même de la sitar (sur Sonic Armada). Tout ceci concourt à ne pas avoir une B.O. ni trop futuriste ni trop piano-bastringue comme à l’époque de Méliès. Bref, tous les ingrédients d’Air sont présents, mais la longueur des morceaux leur rend plus moins grâce.
À noter parmi les bonnes surprises de cet album, l’incursion en terre floydienne avec « Lava« , un hymne qui conclut cet album tout en belles harmonies.
En résumé, un disque fort plaisant qui redresse la barre après deux albums studio un peu plus en-dedans de la qualité du duo.

:: Track-list ::
1. Astronomic Club (03:14)
2. Seven Stars (04:24)
3. Retour sur Terre (00:34)
4. Parade (02:34)
5. Moon Fever (03:36)
6. Sonic Armada (05:07)
7. Who Am I Now ? (03:02)
8. Décollage (01:39)
9. Cosmic Trip (04:12)
10. Homme Lune (00:20)
11. Lava (02:53)
Total       31:39

Voir aussi : Le site du groupe Air

 


2 commentaires

  1. J dit :

    Pour votre information, le « timpani » n’est en rien un instrument exotique.
    C’est le terme anglais pour la timbale que l’on retrouve notamment dans les orchestres symphoniques.
    Merci.

  2. Frank Boisgontier dit :

    Eh bien moi je n’ai pas du tout du tout aimé cette B.O. Je suis pourtant un grand fan de la première heure de Air, et comme toi, JeanBatman, j’ai été un peu déçu par leur dernier album studio ‘Love2′. Je n’ai rien trouvé de neuf, de très intéressant dans la musique du « Voyage de le Terre à la Lune », peut être que je m’attendais à autre chose de plus structuré, de moins « fouilli ». Ceci dit, coller une musique sur un film qui n’était pas forcément prévu d’en avoir ne doit pas être chose aisée, et j’applaudis toute fois la démarche.
    J’ose toutefois espérer que le duo va serieusement se remettre en question et revenir plutôt vers la formule du génial « Talkie Walkie ».

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